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Un blog américain parle de notre duo

J’ai découvert avec surprise notre interprétation (moi et mon frère) d’une musique de Piazzolla intitulée Café 1930 (tirée de la suite « Histoire du Tango ») sur un blog américain spécialisé dans la musique de Piazzolla. Et l’article m’a franchement fait plaisir.

Il commence ainsi: « Existe-t-il un chemin d’Alger au Carnegie Hall? Si ce n’est pas le cas, il devrait et ces deux jeunes musiciens devraient y être… Ils proposent une version très classique de Café 1930 de la suite Histoire du Tango »

Plus loin: « La vidéo est assez simple mais la balance sonore est bonne. La vraie raison de ce choix est la grande musicalité de l’interprétation. Les deux jouent comme un seul musicien – La synchronisation est parfaite. Le vibrato de la flûte est parfait, il met en avant l’émotion de cette musique sans entraver la mélodie. La partie guitare est très bien jouée -excellente technique (remarquez les glissando)- chaque note a la durée qui lui appartient. Ces jeunes gens prennent merveilleusement leur temps et laissent la musique s’exprimer, on se croirait un matin de 1930 dans café de San Telmo. »

Vers la fin l’auteur compare les Frères Bouchakour (moi et mon frère flûtiste) aux Frères Assad. Bon là il va trop loin même si ça me fait plaisir! Mais le tout est vraiment encourageant.

Voici l’article en question: Café 1930 – Bouchakour Brothers

Et voici l’interprétation de Café 1930 par les Bouchakour Brothers (gardons ce nom ça fait américain:)


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Libertango de Piazzolla: Un tango à Alger!

Libertango de Piazzolla (duo guitare et flûte)

Voici un nouvel enregistrement de mon duo avec mon frère flûtiste. Libertango de Piazzolla. L’hymne du nouveau tango. Bon la qualité de l’image est discutable… C’est fait à contre-jour… On n’est pas des photographes. D’ailleurs, si quelqu’un se propose pour nous aider à réaliser de meilleurs vidéos, voire des anims on prend.


Astor Piazzolla est l’un de nos compositeurs préférés. Il a su redonner un second souffle à une musique qui se faisait vieille: le tango. Il y a introduit des éléments de jazz, de classique et bien d’autres influences et puis c’est un génie du rythme. Les puristes l’ont détesté au départ car il s’éloignait un peu des canons de cette musique. Mais son talent  a fini par mettre tout le monde d’accord. Aujourd’hui ses oeuvres sont jouées par les plus grands orchestres et les plus célèbres musiciens de jazz.

Le style Piazzolla fut appelé Nuevo Tango (nouveau tango), un peu comme notre new chaabi. A quand un génie de la trempe d’un Piazzolla pour sortir notre musique du marasme? Si vous le trouvez faites-moi signe.

Interview: Khaled Arman, à la découverte de la Musique afghane.

Après la musique des Roms et notre petit arrangement d’Ederlezi (ici) on continue avec les peuples dont on devrait (à mon humble avis) découvrir la musique. Aujourd’hui l’Afghanistan!

Au cours du Festival de Musique Andalouse et des Musiques Anciennes  de 2009 j’avais rencontré l’excellent musicien afghan Khaled Arman. Cet ancien guitariste classique (décidément c’est une épidémie) s’est spécialisé dans le Rubab, un instrument typique de l’Afghanistan mais qui possède des parents éloignés dans le monde entier. Enfin je laisse la parole à l’artiste.

Entretien: Khaled Arman, à la découverte de la Musique afghane.

Compositeur et joueur de rubab, Khaled Arman dirige l’ensemble Kaboul. Nous l’avons rencontré hier à Riad El Feth. Il nous parle de la musique afghane et retrace le cheminement qui l’a mené de la guitare classique à la musique de son pays.

Khaled Arman au Rubab

Khaled Arman au Rubab

Aujourd’hui quand on parle d’Afghanistan c’est rarement pour évoquer sa musique, pourtant ce pays possède une musique très riche et votre ensemble œuvre à la représenter…

Effectivement la musique afghane est un sujet assez vaste qu’on ne pourrait pas résumer en quelques mots. En effet il n’y a pas un seul peuple qui habite ce pays mais au moins cinq à six ethnies majeures avec leur langues, leurs instruments et leur façon de faire de la musique. Nous, on ne peut pas tout représenter. L’ensemble Kaboul fut fondé en Europe mais avec des musiciens qui, déjà dans leur pays, étaient des professionnels ; donc ce sont des musiciens de la diaspora. Notre ensemble a été fondé par mon père, Hossein Arman, et petit à petit j’ai pris le relais. Nous nous adaptons en général au style du chanteur, c’est-à-dire mon père qui est le chanteur principal,  mais après nous avons aussi développé les parties instrumentales et là c’est ma sœur qui prend le relais et devient la chanteuse du groupe.

La musique afghane est très riche mais en même temps difficile à définir. On trouve une importante influence persane et la musique persane elle-même est un vaste sujet parce qu’elle ne se résume pas à la musique iranienne, les persanophones se trouvent aussi dans l’Asie centrale avec des peuples comme les Tadjiks qui ont une musique extrêmement intéressante, les Ouzbeks et puis une partie de l’Afghanistan. Nous avons aussi la tradition nord-indienne qui est très présente à l’est et au sud de l’Afghanistan. Mais on ne peut pas dire que ces pays voisins ont imposé leur influence à l’Afghanistan, il y a un échange et cette musique appartient à toute la région. C’est là où on voit que la musique n’a pas de frontière. C’est comme pour la musique arabo-andalouse où on trouve beaucoup d’influences réciproques entre les traditions musicales des peuples du Maghreb, mais elles ont toutes la même source à la base. Donc, pour revenir à la musique afghane, ce sont les deux pôles nord-indien et persan qui se rejoignent.

Mashal Arman (Kabul)

Mashal Arman, la merveilleuse chanteuse de Kaboul

Et vous tentez de représenter toutes ces traditions musicales de l’Afghanistan ?

Non, c’est véritablement impossible de les représenter toutes mais vous y entendez ces deux pôles, indien et persan, qui sont constituants de la musique afghane. Mais si vous essayez d’y trouver de la musique ouzbek ou autres traditions régionales là non.

Il s’agit donc de nouveaux arrangements…

De toute façon. Quelle que soit la tradition que vous suivez vous finissez par ajouter et enlever des choses mais il faut avoir une connaissance de base extrêmement solide. C’est-à-dire que l’on peut développer dans tous les sens si l’on veut mais il faut savoir retourner à la musique de base.

Vous avez une double formation de guitariste classique et de joueur de rubab, que vous apporte-t-elle dans la pratique musicale ?

Oui, j’enseigne toujours la guitare classique. Je fais beaucoup de choses dans le domaine musical, je pratique la musique dès le moment où je me lève jusqu’au moment où je vais au lit. Mais je ne pratique plus la guitare classique en tant que concertiste. J’étais concertiste dans ma jeunesse, après avoir remporté le concours de Paris mais cette période est révolue. Cela a duré de l’âge de vingt-deux ans jusqu’à trente ans environs. Maintenant j’ai quarante-cinq ans et je suis passé à autre chose. C’était impossible pour moi de rester dans cette tradition occidentale (que je respecte beaucoup et qui fut véritablement formatrice pour moi) de guitariste classique et d’ignorer ma musique. En même temps cette double formation m’apporte beaucoup: depuis dix ans maintenant je joue de mes instruments traditionnels dans des formations de musique occidentale savante. C’est ma formation de guitariste qui me permet d’échanger assez facilement et de trouver ma place dans ces ensembles. Mais des musiciens comme moi il y en a beaucoup aujourd’hui.

Khaled Arman présente le Rubab (Alger)

Khaled Arman présente le Rubab (Alger)

Pouvez-vous nous présenter le rubab, votre instrument de prédilection?

Le mot rubab vous l’avez en Algérie avec le r’bab mais ce sont des instruments complètement différents. Vous trouvez ce mot en Iran, au Pakistan, dans toute l’Asie centrale, au Cachemire, en Malaisie vous trouverez partout le rebab, rabab, revav, rubab… Si on regarde vraiment de près chaque peuple, d’Afrique du nord jusqu’en Asie du sud est, possède son rubab. On ne connaît pas vraiment l’origine du mot. Chaque pays essaie de prouver qu’il est le détenteur du rubab mais on n’en sait pas plus. Ce sont des querelles auxquelles je ne tiens pas. Par contre le type de rubab dont je joue est répandu au Cachemire ; il appartient aux Pachtouns qui constituent une ethnie assez importante dans le sud de l’Afghanistan et qui possèdent une tradition musicale très proche de l’Inde d’une richesse extraordinaire, d’une beauté à tomber par terre et qui ont beaucoup développé le jeu du rubab avec des cordes à résonance sympathique dont maintenant tous les instruments nord-indiens sont munis. Quand vous écoutez le rubab tadjik c’est différent et l’iranien c’est encore autre chose. Mon rubab est aussi un peu modifié. Avec l’aide d’un luthier, j’ai ajouté quinze frettes et une corde supplémentaire ainsi que des frettes de quart de ton.

Kaboul à Alger: Osman Arman au Tar persan à ne pas confondre avec le tar de l'andalou!

Kaboul à Alger: Osman Arman au Tar persan à ne pas confondre avec le tar de l'andalou!

Pouvez-vous nous donner une idée du programme de votre concert au festival?

C’est difficile de vous donner une idée. Nous passons après un autre groupe (Abbas Righi) et les musiciens sont sensibles à ce qu’ils entendent. Et puis la musique demande beaucoup de concentration, non seulement pour les musiciens mais aussi pour le public. Nous allons voir le temps qu’on aura pour jouer et  le type public face auquel nous jouerons pour arriver à créer un contact avec les gens afin que le message passe. Il y aura des pièces chantées et des pièces instrumentales. Nous avons une idée du programme mais il est très probable que nous le changerons sur scène et cela arrive très souvent.

Est-ce que ce n’est pas finalement une difficulté que pose la scène pour les musiques traditionnelles qui sont pensées pour un autre contexte?

Quand vous êtes face à des mélomanes qui connaissent cette musique il est facile de communiquer. C’est une évidence. Mais quand vous avez un public qui découvre dans l’instant-même cette musique  ce n’est pas pareil vous êtes dans une autre position. Alors que faire? Jouer sa musique sans prêter attention au public? Jouer selon l’écoute du public? Ou les deux? Je n’en sais rien. Mais en tous cas, nous jouons ce que nous aimons du mieux qu’on peut et je pense que c’est là l’essentiel.

Vous venez pour la deuxième fois au festival, qu’évoque pour vous la musique andalouse?

Une musique extrêmement riche. Moi je pense qu’un musicien européen qui ignore cette tradition a un manque énorme. La musique arabo-andalouse apporte des éléments essentiels à la musique occidentale. Notamment concernant les modes. Figurez-vous que la semaine dernière je travaillais avec un excellent gambiste italien ainsi que huit chanteuses autour de la musique ancienne d’Europe et si vous écoutez vraiment les modes ils font vraiment penser à la musique arabo andalouse. Pour moi, il y a un lien direct entre ces musiques.

La musique arabo-andalouse nous raconte une période absolument magnifique d’une osmose et d’une rencontre entre les cultures. Notamment entre l’Afrique du nord et l’Europe mais aussi de la Perse parce que Zyriab, l’un des fondateurs de cette musique, était probablement originaire d’Iran. Après c’était les juifs, les chrétiens… C’était une rencontre entre plusieurs peuples qui a donné naissance à une nouvelle tradition unique en son genre.

Entretien réalisé par Walid alias Moh Kafka

Valse noctambule: une composition pour insomniaques

Voici une pièce que j’ai composée il y a de cela quelques années (en 2007). C’était durant un nuit d’insomnie, la mélodie est venue toute seule, j’ai essayé d’harmoniser comme j’ai pu. Et ensuite j’ai même fait une suite pour ce thème.

On reconnait un peu  l’influence de Satie, normal c’est un compositeur que j’aime beaucoup. J’ai un peu joué ce morceau sur scène avec les Soeurs de plume (elles se reconnaitront) et avec les amis de Setif et de Constantine…

Voilà Valse noctambule (pièce pour guitare seule). Une musique pour tous les somnambules et les insomniaques du monde!

Et voici la partition/tablature, c’est pas trop dur à jouer…

Valse noctambule, Bouchakour Walid

Benny Golson: «Melody is everything!»

Benny Golson: «Melody is everything!»

Benny Golson, un immense compositeur de jazz et un saxophoniste inimitable. Je l’avais rencontré lors du Festival Panafricain d’Alger. L’artiste est d’une grande disponibilité et d’une modestie étonnante. Ce type est juste le compositeur de quelques standards incontournables du jazz comme Whisper not ou Remember Clifford…

Dans une ambiance joviale et avec son éternel sourire aux lèvres Golson accompagné de son manager qui s’est improvisée traductrice a bien voulu répondre à quelques questions…
ATTENTION: AMATEURS DE FUSIONS EN TOUS GENRES S’ABSTENIR. BENNY GOLSON EST UN PURISTE DU JAZZ ET FRANCHEMENT IL PEUT SE LE PERMETTRE…
Benny Golson, Killer Joe:
Quels sont vos premières impressions en arrivant à Alger ?
C’est tellement fantastique. Je me dis que j’aurais dû venir longtemps plus tôt.
Et pourquoi pas…
On ne m’avait pas invité (rire)
On dit de vous que vous êtes l’ambassadeur du courant Hard Bop dans le monde. Comment définiriez-vous ce type de Jazz ?
Je n’ai jamais aimé l’étiquette « Bop ». C’est juste du Jazz mais pas joué dans les mêmes endroits qu’à l’origine (Nouvelle Orléans ndlr). Le Jazz est joué partout dans le monde de nos jours. Et ça continue à progresser avec de nouvelles expériences.
Quel est votre opinion sur la thèse de l’origine africaine du Jazz ?
Je pense que le rythme vient d’Afrique, mais la musique vient d’ailleurs…
D’accord, dans votre dernier album « New Jazz, new ‘Tet » on peut écouter des arrangements de compositions de Verdi et de Chopin. Serait-ce une nouvelle direction dans le Jazz ou s’agit-il seulement d’une envie de Benny Golson?
Ce n’est rien de tout à fait nouveau. Certaines personnes ont appelé ce mélange « third stream » (troisième courant entre le Jazz et le Classique. ndlr). Mais quand j’arrange un morceau j’essaie toujours de mettre ma propre influence.
Avant de choisir le saxophone ténor, vous aviez joué de plusieurs instruments. Qu’est-ce qui a motivé ce choix ?
Parce que j’ai aimé ce que j’ai écouté. J’ai commencé en jouant du piano, je voulais devenir un concertiste classique mais quand j’ai écouté du saxophone dans le Jazz tout a changé pour moi.
On remarque une grande richesse harmonique et une certaine subtilité dans vos arrangements, cela viendrait-il de votre expérience au piano ?
Certes cela me sert beaucoup. Mais ce qui m’intéresse surtout, ce qui m’a fait choisir mon instrument, c’est la mélodie. Je dois toujours écouter la mélodie. La mélodie est la chose la plus importante dans ma musique. Melody is everything! (la mélodie c’est tout).
Vous avez une sonorité particulière, très aérienne, au sax. Quelle est votre secret ?
Enormément de travail ennuyeux et dur ! Jouer une note et puis une autre et une autre et écouter, écouter, écouter…Jusqu’à devenir presque fou ! (rires). C’est mon coeur qui me dit quel son est le bon.
Moh Kafka, Benny Golson et son manager à Alger

Son Manager, Benny Golson et moi à Alger.

Vous avez composé un grand nombre de standards et côtoyé les plus grands musiciens de Jazz (Dizzie Gillespie, Milles Davis, Clifford Brown…). Quel est l’avenir du genre pour vous ?
Je n’ai jamais pensé au futur. Je m’intéresse toujours à ce qui se passe maintenant. Et j’ai de grandes espérances pour le futur.
Avez-vous une idée de la musique qui se joue en Algérie et plus généralement en Afrique?
Malheureusement non, mais j’aimerais beaucoup. J’ai entendu quelques noms que je connais ici. Chico est passé hier je crois…
En parlant de Chico Freeman (qui joue souvent en compagnie de musiciens venus d’autres horizons musicaux), que pensez-vous des fusions entre le Jazz et d’autres styles musicaux ?
Cela peut être très excitant. Mais tout dépend de la manière dont on le fait. Mais de toute façon cela reste enrichissant. Le Jazz est une musique libre, très ouverte et en même temps intellectuelle (cette dernière phrase est de son manager, Golson lui n’avait pas l’air emballé!).
Une idée du programme de ce soir ?
Je jouerai en quartet avec Kirk Lightsey au piano, Gilles Naturel à la contrebasse et Douglas Sides à la batterie. On interprétera bien sûr les standards que tout le monde connait: Remember Clifford, Along came Betty, Whiper not, Stablemates et peut-être Are you real… Et beaucoup d’autres choses.
Moh Kafka
I remember Clifford par Stan Getz… qui n’est pas un manchot non plus. Enjoy!

Interview: Djamel Laroussi, le Jazz algérianisé !

Djamel Laroussi, voilà un artiste qui mérite beaucoup de respect. Non seulement pour son talent mais aussi pour sa solide formation musicale. Même s’il fait un peu trop le fou sur scène, ce gars est vraiment un musicien d’exception.

laroussi-panaf

Voici une interview que j’avais réalisée après le Festival Panafricain d’Alger de 2009…


Un jour après la clôture du festival, quel bilan faites-vous ?

C’était un travail colossal qui a nécessité une grande préparation. J’ai fait pas mal d’interviews, j’ai rencontré des artistes de divers horizons et disciplines. Des spectacles de grande qualité étaient accessibles au public. C’est un grand effort qui a été fourni, chacun a apporté sa voix avec ou sans aide. Bravo à tout le monde.

Et si on parlait de vos passages à vous. A l’Esplanade par exemple où c’était pour le moins mémorable …

Oui absolument. En tout j’avais trois projets : j’ai fait un très bon concert avec mon groupe, le public était présent et il chantait avec moi, tout le monde était content. Le deuxième projet c’est le groupe L’An Jazz : l’idée était de réunir des algériens qui savent faire du Jazz. Il faut savoir qu’à la base il y a peu d’algériens qui maitrisent ce style mais leur nombre augmente et c’est tant mieux. J’ai donc formé un sextet avec : Smail Benhohou au piano ; Tarik Gasmi à la basse ; Nacim Brahimi au saxophone alto qui est né et a grandi en France mais qui a toute sa famille à Bab el Oued,  j’étais très heureux de découvrir (un peu grâce au Panaf) cet excellent jazzman algérien ; pour certains arrangements où j’avais besoin d’un autre saxophone j’ai pris Chico Freeman qui est un grand saxophoniste  de Jazz ; à la batterie il devait y avoir Nacer Menia, un très bon batteur algérien qui habite à Alger, on avait longtemps répété en Allemagne, tout était prêt mais il a eu un empêchement donc j’ai pris Mokhtar Samba (sénégalo-marocain) pour le remplacer et cela s’est très bien passé. Voilà c’est cela le groupe l’An Jazz. Vu qu’on a beaucoup répété, on a l’intention d’enregistrer un album très prochainement. Le projet consiste à algérianiser des standards de Jazz parce qu’il faut savoir que le Jazz possède des codes précis, le Jazz est une école !

Et votre expérience avec l’An Jazz est l’occasion d’inculquer cette culture jazz au public…

Exactement, il faut rappeler que le jazz est une musique aux rythmes ternaires et c’est très proche de notre musique ; le fameux rythme Berouali par exemple qui est ce qu’on appelle un 6/8. Pour parler technique, le swing du jazz consiste à accentuer le troisième temps du triolet. Notre musique aussi est basée sur des triolets mais avec un accent sur le deuxième. Donc j’ai pris des standards de jazz assez connus avec une écriture typique et je les ai algérianisés en mettant l’accent sur le deuxième temps au moment du thème et en gardant le swing jazz pour l’improvisation. J’ai pris sciemment des thèmes à structures différentes et je les ai algérianisés avec des musiciens algériens, Mokhtar Samba et Chico Freeman qui découvrait notre musique.

Et votre troisième projet c’est de produire la formation Chouyoukh ?

Oui, les Chouyoukh du raï. On avait fait déjà un concert dans le cadre du grand festival Rio Loco (France). C’était un super concert, on avait répété pendant trois semaines, on a travaillé sur l’arrangement des morceaux pendant plusieurs mois, on a été à Alger, Oran Sidi Bel Abbes… Cela s’est très bien passé. Chouyoukh, c’est un peu le Buena Vista Social club du raï. J’aurais voulu avoir plus de chouyoukhs du raï mais c’était assez dur parce que la plupart ont d’autres repères musicaux…

Justement, est-ce que la fusion se fait facilement ?

Pour moi et mes musiciens oui, parce qu’on a l’habitude de jouer dans les divers styles de musique algérienne. Mais pour les chanteurs (Boutaiba Sghir et Bouteldja Belkacem) il fallait réarranger un peu les morceaux pour qu’ils  se sentent à l’aise. C’est-à-dire que dans leur partie, il fallait faire roots comme on dit et puis plus moderne dans la partie instrumentale. Donc c’est de la musique moderne et un retour aux sources du raï en même temps. J’ai joué aussi un duo avec Botaïba sur le titre Dendana de  son album qui est sorti il y a de cela un mois. D’autre part, j’ai proposé aussi quelques groupes pour la programmation de ce festival et cela s’est très bien passé. Le public  algérien est vraiment extraordinaire. Je le dis moi, je ne suis peut-être pas objectif, mais Chico Freeman l’a dit lui-même dans une interview. Cela est très réconfortant pour les musiciens. Le long travail des arrangements, des répétitions et de la préparation est récompensé par cela.

Le dénominateur commun de tous ces projets semble être de trouver une formule algérienne de Jazz…

Absolument, c’est exactement cela. Il y a 40 ans, lors du premier festival panafricain il n’y avait pratiquement pas de Jazzmen. Il y avait Archie Sheep certes qui jouait avec une troupe Touarègue, chacun jouait sa musique de son côté. Il n’y avait pas vraiment de fusion, juste d’un côté du Jazz et de l’autre de la musique algérienne. Dans mon projet au contraire, j’ai pris des standards de jazz avec une structure bien précise et différents les uns des autres. Donc, si vous faites écouter cela à un musicologue il vous dira que Djamel a choisi vraiment une large gamme de structures dans le jazz et en a donné une vision algérienne. On a pris les morceaux et berouelnahoum (joué sur un rythme Berouali). Et c’était une surprise pour un habitué du jazz comme Chico Freeman.

Et le nom l’An Jazz, d’où vient-il ?

Eh bien, c’est landjass (la poire en arabe). Quand on a eu l’idée de créer un groupe de jazz pour l’Algérie on cherchait un nom. Sur le moment j’ai dit L’An-Jazz pour rigoler et c’est resté comme ça !

Que souhaitez-vous pour la culture en Algérie ?

Je parlerai de musique parce que c’est ce que je connais. Il faut qu’il y ait plus de scènes pour les jeunes groupes. Ils doivent se créer un public et puis en tant que musicien rester soi-même. Et puis plus de studios pour pouvoir s’enregistrer en Algérie.

Moh Kafka

Pour plus d’infos visitez le site officiel de Djamel Laroussi

William Klein évoque son documentaire réalisé à Alger

William Klein: « Panaf 69 était une des grandes dates de l’histoire africaine »


William Klein, l’un des plus grands photographes du monde, le réalisateur du chef d’oeuvre cinématographique sur le Panaf 69, l’enfant terrible de la photo américaine… Voilà tout ce qui me traversait l’esprit en retrouvant, dans un coin de la salle Cosmos Alpha, ce vieux bonhomme facétieux.

William Klein alger

Le Bad boy a pris quelques années mais sa fraicheur et son intelligence restent intacts. Le personnage est certes très décontracté mais il est surtout perfectionniste (il était satisfait de la projection mais regrettait que quelques centimètres de pellicule n’apparaissaient pas sur le haut de l’écran !). Nous avons eu le privilège de lui poser quelques questions tandis qu’il visionnait la version remasterisée de son film mythique: Festival panafricain d’Alger 2009.

Comment s’est décidée votre participation au premier Festival Panafricain?

On m’a demandé de le faire. Le ministre de l’époque Mohammed Esseddik Benyahia et Mahiéddine Moussaoui ministre chargé de la culture. J’avais à ma disposition plusieurs équipes et un hélicoptère. J’ai accepté bien sûr.

Quelle place occupe le film « Festival panafricain d’Alger 1969 » dans votre filmographie?

C’est l’un des plus importants je crois. Ça parle de beaucoup de choses. Le film décrit une époque. J’ai été très ému en revoyant les images d’un vieux monsieur algérien tout habillé de blanc, la moustache grisonnante et qui tient avec son tambourin un rythme impeccable sur lequel Archie Shepp fait des arabesques avec son saxophone.

Que pensez-vous de la version remasterisée?

La qualité de l’image est incomparable par rapport au premier. D’autre part, dans la première version je voulais tout montrer. Certains révolutionnaires africains menaçaient de saboter mon film si je ne les diffusais pas (rire). Je les aurais diffusés de toute façon. Aujourd’hui on a refait le montage pour que le film soit plus lisible.

Vous qui étiez fortement engagé dans la revendication des droits civiques auprès des afro-américain, comment voyez-vous l’Amérique de Barack Obama?

Je pense que finalement on a un président dont nous sommes fiers plutôt qu’un président dont on avait honte. Pendant huit ans on avait Bush et c’était épouvantable. Avec Barrack Obama je pense que l’Amérique va changer. D’ailleurs, il passe quand à Alger ? (rire)

Votre film répond à la question: Qu’est-ce que la culture africaine? Par : « La culture africaine sera révolutionnaire ou nesera pas africaine ! ». Comment répondriez-vous à la même question aujourd’hui?

Je ne sais pas. Aujourd’hui, il ne s’agit pas d’une culture africaine d’ensemble. Certains pays s’en sortent très bien et d’autres non.

moh kafka Klein

Là c'est moi qui fait "le-fan-super-lourd" devant monsieur Klein!

Comment voyez-vous le festival panafricain?

Le premier panafricain était une urgence. C’était nécessaire d’affirmer la culture africaine, beaucoup de pays étaient encore colonisés. Donc c’était un acte révolutionnaire. Pour moi c’était une des grandes dates de l’histoire africaine. L’Afrique ne pouvait pas s’en passer. Aujourd’hui c’est différent, il s’agit plus de spectacles que d’autre chose. Je n’ai rien contre les spectacles mais il n’y a pas l’urgence qu’il y avait en 1969.

A quel évènement allez-vous assister dans ce deuxième festival?

Je vais tout de suite aller voir le défilé de mode à L’Aurassi. Je ne voudrais pas rater ça.

Moh Kafka