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Le Petit Fûté persiste dans sa stigmatisation de l’Algérie

C’est la polémique qui remue le net et la presse algérienne en ce moment. Les propos intolérables du Petit Fûté Algérie 2010. C’est une contribution de M. Kezzar dans El Watan qui a ouvert le débat. Le journaliste et spécialiste en tourisme reprend des extraits du guide qui torpille littéralement la destination Algérie dans tous ses aspects: Politique (curieux pour un guide touristique, cet aspect est mis au premier plan), social (insécurité, violence contre les femmes, prostitution, islamisation… bref le discours sur les banlieues à peine modifié), culturel (avec notamment des photos de vielles dames dans la nature portant la légende « kabyles » exactement comme on mettrait « girafes »), sanitaire (notre eau est sale et « il est difficile de se soigner ») je vous passe les passages fleuris de réflexions sur la jalousie et la tendance naturelle au commérage chez les Algériens…

kabyles dans la nature

Bref un guide à haute teneur caricaturale qui ne manquera pas d’égayer vos soirées de ramadan. Comme j’en avais parlé après la sortie de l’article: je ne sais pas s’il faut en rire ou en pleurer. Et là Jean-Paul Labourdette, le directeur de la collection réagit dans une interview. Voici les propos rapportés par le site d’information Rue89.com:

Le Petit Fûté est l’ami de l’Algérie

Ce guide a plus de deux ans, c’est sa quatrième édition, il a été relu par nous et validé par le bureau de la censure des autorités algériennes… Je ne comprends pas bien pourquoi El-Watan fait cette polémique aujourd’hui. Pourquoi s’attaque-t-on au “Petit Futé” ?

… Nous faisons la promotion de la destination !

… Le Quai d’Orsay nous l’a même parfois reproché !

D’abord remarquons que ce guide qui crie haut et fort que le pouvoir algérien est corrompu, totalitaire, islamiste, incompétent, injuste… Eh bien ce même guide se plie à l’exigence de l’état algérien de passer par « le bureau de la censure ». Le guide prend même partie pour ce pays contre les autorités de son propre pays. Le Petit Fûté serait l’ami des dictatures?

Je pense plutôt que ce guide a flairé le pactole (le Petit Futé Algérie est la deuxième meilleure vente de la collection!) et le comité de lecture a été d’un incompétence qui nous mettrait presque d’accord avec les propos du guide. Précisons que beaucoup de grandes entreprises algériennes (Mobilis, Air Algérie…etc) ont réservé des pages de publicité dans le guide… Eux non plus n’ont rien remarqué d’anormal.

Le Petit Fûté est un sentimental

Ça n’a rien de stigmatisant. Je ne vois pas pourquoi l’auteur n’aurait pas le droit d’écrire l’analyse qu’il fait de la société algérienne telle qu’il l’a ressentie. Une partie des extraits critiqués figuraient d’ailleurs dans les éditions précédentes et il n’y a jamais eu de problème.

Je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas décrire notre vision. Surtout que des dizaines d’articles dans la presse européenne relatent ces faits, par exemple sur la situation des femmes, la corruption, le système économique du pays.

J’avoue que ce « Notre vision » est désarmant. Ce guide serait donc finalement la visions de deux ou trois personnes qui ne se soucient nullement de la réalité qui existe au-delà de le « Leur vision ».  Prenons par exemple l’histoire des violences conjugales. Le Petit Futé affirme:  « il est toujours normal pour un homme algérien de lever la main sur sa femme, sa petite amie, sa fille, sa sœur« . Il donne ensuite le chiffre de 4000 cas de femmes battues par ans.

Quand on sait que le dernier rapport en France signale 410.000 cas pour l’année 2007 avec une hausse de 30%. Quand on sait que l’urgence poussé l’Etat français à décréter La violence conjugale cause nationale. On se pose des questions. Entendons-nous bien je ne dis pas que les femmes sont mieux traitées en Algérie qu’en France, je n’en sais rien. Mais qu’on dise que l’algérien trouve normal de frapper les femmes. Là nous sommes au-delà de l’intolérable.

Le Petit Futé serait-il un algérien comme les autres?

L’argument suprême du Petit Futé est  que les commentaires des internautes donnent raison au guide. Alors oui je dois dire que beaucoup de commentaires lui donnent raison. Mais comme vous le savez les commentaires sont à l’information web ce qu’est la discussion de comptoir au journalisme. Oui un taxi m’a dit ce matin que les algériens sont incultes, oui mon coiffeur m’a dit l’autre jour que les algériens sont sales… Est-ce que je reprendrais ces propos dans un guide touristique distribué dans le monde entier?

Au fait cette remarque résume ce que je reproche à ce guide. Une familiarité inacceptable… On le dirait tout droit sorti du cerveau d’un algérien très moyen et agrémenté d’un langage Banania du plus bel effet. Je crois qu’on mérite mieux.

Alors oui l’Algérie est riche en dysfonctionnements et en paradoxes mais ça on s’en occupe. Que les guides touristiques restent des guides touristiques, pas des pamphlets à charge. Nous sommes assez futés pour nous rendre compte de nos problèmes dans leur vraie dimension et de tenter de les régler.

Épilogue

A part les médias indépendants et la société civile, la réaction du côté algérien est quasi nulle. Aucune déclaration officielle. Du côté Petit Futé, voici la décision: Pour la cinquième édition (décidément ce bouquin se vend très bien) « deux ou trois phrases seront peut-être modifiées; a déclaré Monsieur Labourdette. Mais pas ce qui rend compte de réalités factuelles »

Ah oui voilà un petit cadeau pour vous:

Le texte intégral du Petit Futé 2010.

Merci qui? Merci google books.

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Un mouton peut-il jeûner?

Comme à chaque Ramadhan depuis quelques années on entend ici et là parler de personnes qui provoquent le scandale (voir sont incarcérés) pour avoir mangé durant la période du jeûne.

Cet année c’est le Maroc qui remporte la palme des non-jeûneurs. Six jeunes marocains ont fait du manger un acte politique. Une sorte de pique-nique surprise si vous voulez. Cela pour protester contre la loi interdisant de manger dans les lieux publics durant la période du jeûne. Plus exactement l’article 222 prévoyant une peine d’emprisonnement pour ceux qui rompent ostensiblement (tiens ce mot me rappelle une autre loi de l’autre côté de la méditerranée) le jeûne en public pendant le Ramadhan. Les six jeunes non-jeûneurs seront traduits en justice comme le prévoit la loi.

En Algérie, les non-jeûneurs 2010 sont moins politiques. Il s’agit de deux ouvriers dans le bâtiment à Ain El Hammam. Ils ont été arrêté pour buvage d’eau dans un lieu public. Ils devaient simplement avoir trop soif. Les policiers ont sauté sur l’occasion et sur les deux ouvriers. Le procès prévu pour le vendredi 11 août a été reporté suite à une mobilisation d’une partie de la population local. Rendez-vous le 21 septembre.

moutons Deniro (Taxi driver)

Voilà. Tout cela est bien triste et donne une piètre image de nos sociétés dans le monde. Maintenant posons nous une question. Qu’y a-t-il de plus grave? Des personnes qui ne jeûnent pas ou des personnes qui jeûnent et provoquent quotidiennement des bagarres avec des conséquences souvent dramatiques. Tout cela parce qu’ils ont faim… S’il n’y avait pas cette pression pour jeûner ces énergumènes ne jeûnerait sûrement pas et nous laisseraient passer le ramadhan en paix.

Beaucoup de personnes jeûnent pour faire bien, pour faire comme tout le monde. Je ne suis pas là pour juger du bien fondé des actes des uns et des autres. Mais jeûner pour devenir une bête furieuse je ne pense pas que c’est dans l’esprit de l’islam. Le jeûne ne doit pas être une contrainte imposée par autre chose que sa conscience et sa volonté.

El Istikbach voici un mot bien algérien qui définit l’action de faire comme tout le monde parce que tout le monde le fait. Le mot est dérivé de Kabch qui signifie mouton et pourrait donner « Moutonnisation » en français. Un concept que n’aurait pas renié le dramaturge Ionesco, créateur de la Rhinocérite (la même chose mais avec des rhinocéros).

Je pense qu’on devrait arrêter avec El istikbach. Que ceux qui veulent jeûner jeûnent et que les autres déjeunent, je crois qu’on s’en porterait beaucoup mieux. Démoutonnisons-nous! Et que ceux qui jeûnent le fasse en qualité d’êtres humains non en ovins.

Saha shourkoum amis humains!

Bac 2010: « 61,23% c’est révoltant! »

Coup de gueule du jour. Meziane Meriane qui affirme que les résultats du Bac 2010 algérien sont trop positifs. Meziane Meriane, coordinateur du Snapest (syndicat national autonome des professeurs d’enseignement secondaire et technique) a donné une interview pour El Watan week-end.

Il raconte en gros que 61,23 % de taux de réussite c’est mal; que les nouveaux bacheliers (et la nouvelle génération en général) sont un ramassis d’abrutis. La preuve: la plupart échouent et échoueront à l’université.

En somme, le syndicaliste en question ne veut pas de ce nouveau type de Bac qui n’est pas un obstacle. Mais juste une épreuve, un examen comme un autre. La nouvelle version du Bac consiste juste à vérifier juste si l’élève a assimilé une partie suffisante du programme. Et la nouvelle réforme (même si je ne suis pas du tout partisan de la manière dont est appliquée) vise à coller aux standards internationaux.

Beaucoup sont nostalgiques du Bac oldschool avec des pièges, des questions ambigües et des barèmes emberlificotés. Là c’était du solide. Ca vous dissuadait de continuer à étudier.

meziane meriane

Morceaux choisis:

A propos du niveau des bacheliers : « Aucun paramètre ne permet d’affirmer qu’on a atteint une qualité requise » (Ok on n’en sait rien).

« L’élève est-il capable de suivre le cycle supérieur ? Non. » (Pas un peu précipitée comme analyse Monsieur Meriane ?).

« Plus d’un étudiant sur trois abandonne ses études à l’université. » (Donc on devrait diviser le nombre de bacheliers par trois pour augmenter la qualité… On voit bien le professeur de mathématique qu’est notre syndicaliste)

A propos de la limitation des cours pour les sujets 2010 à 2 trimestres (qui découle très logiquement de la longue grève) Meriane affirme :

« On aurait dû tranquilliser les élèves en leur disant que les sujets du bac traiteraient uniquement des cours étudiés, mais en les obligeant à réviser la totalité des cours ». Réviser : verbe trans. Revoir quelque chose; soumettre quelque chose à un nouvel examen. Question : comment réviser ce qu’on n’a pas étudié ? Autre question : pourquoi réviser des cours qui ne seront pas traités à l’examen ?

« Avec des sujets d’un niveau un peu plus élevé…plus de la moitié des mentions seraient revues à la baisse, voire plus de la moitié des lauréats seraient recalés ». On sent bien que cela aurait bien fait plaisir au monsieur.

« Les parents d’élèves connaissant le niveau de leurs enfants sont eux-mêmes étonnés par ces résultats ! » Traduction : Messieurs dames les parents franchement ça seraient pas mieux que vos enfants refassent le bac indéfiniment ? Ca serait pas plus pédagogique ?

Allez une dernière pour la route :

« Si la bougie de l’Algérie est restée allumée, c’est grâce à l’intelligentsia formée pendant les années 1960 et 1970 ». En somme : Sales jeunes allez danser la Tektonik !

Pour continuer à vous amuser avec Meziane Meriane voici l’interview complète.