El Gusto et le chaabi

Beaucoup a été écrit à propos du film El Gusto. La plupart du temps sur un ton polémique qui ne dit rien du film en lui-même. Les uns s’offusquent les autres encensent, on parle surtout de politique et assez peu du film, et encore moins de musique.

Curieux pour un film qui traite de musique chaabi ? Pas tant que cela. Le film s’y prête à merveille. Les 30 premières minutes sont entièrement consacrées à l’évocation de l’Algérie française. Une assez longue mise en perspective qui nous éloigne dès le début de la musique. L’évocation historique est accompagnée de belles images d’archives et le commentaire est volontiers provocateur. Les petites phrases du genre : «Juifs et musulmans ont été séparés à cause de l’indépendance », la réduction d’Ali la Pointe à un proxénète ou encore la réduction du chaabi à une musique de bordels. Je parle bien de réduction. Certains ne manqueront pas de rétorquer que Ali La Pointe a effectivement été un proxénète, que le chaabi a été joué dans des bordels. Nous ne le nions pas. Seulement ce genre de déclaration est partiel et, donc, partial. Le film entre dans l’histoire algérienne comme un éléphant dans un magasin de porcelaine. Tout est découpé grossièrement. Le film entend par exemple nous faire découvrir que juifs et musulmans vivaient ensemble du temps de l’Algérie française. C’est un fait. Seulement, si certains juifs et certains musulmans étaient solidaires c’était de la solidarité des opprimés, ce qu’était le petit peuple de la Casbah. Quoi qu’en dise la mythologie, la vie à la Casbah était faite de promiscuité et de limitations de toutes sortes de libertés. « Oui mais on était heureux dans notre pauvreté » répondront les nostalgiques. Ce n’était visiblement pas l’avis de la majorité des indigènes qui s’est soulevé contre le model de société cloisonné et ségrégationniste qui la marginalisait… On s’éloigne à notre tour du chaabi.

Film chaabi

Buena Vista à tout prix

Revenons au chaabi. Le film part de l’idée de (re)former un groupe qui n’a pas existé pour interpréter une musique qui n’avait pas été encore composé du temps de l’Algérie française. On sait bien que le film se voulant un « Buena Vista Social Club »-like, ce type de trame narrative était inévitable. Elle n’en est pas moins erronée.

En effet, les musiciens qui se revoient se connaissaient certes mais n’évoluaient pas dans les mêmes formations[1]. D’ailleurs certains d’entre eux étaient à peine de ce monde à l’époque coloniale à l’image de El Hadi El Anka (fils de El Hadj Mhamed El Anka), Robert Castel (fils de Lili Labassi), Abdelmadid Meskoud, Abdelkader Chercham…

D’autre part, et c’est là un point important, le chaabi n’était pas le chaabi à l’époque de l’Algérie Française. L’appellation est due à El Boudali Safir[2]. Ce dernier parlait de « musique populaire » pour la distinguer de « la musique classique » arabo-andalouse dont elle est par ailleurs issue. Le terme « populaire » a été littéralement traduit après l’indépendance pour donner le chaabi d’aujourd’hui et l’adjectif est devenu substantif. L’appellation collait parfaitement aux options gauchisantes de l’Algérie indépendante : n’oublions pas que la République Algérienne se veut, elle aussi, « populaire ». Le chaabi est donc présent jusque dans les papiers d’identité de tout algérien.

Mais on peut toujours objecter que le mot n’est pas la chose, que ce style musical existait bel et bien avant l’indépendance. Evidemment oui. A ce propos, quand on demandait à Lili Labassi quel style musical il pratiquait, il répondait sans hésiter « musique arabe » et refusait farouchement l’appellation « judéo arabe » (musique arabe s’opposant à musique occidentale pour les musiciens d’alors). Ce style a trouvé des interprètes exceptionnels chez les juifs mais reste fortement attaché à l’aire culturelle arabo-musulmane (tant par les modes musicaux que par la forme et les thèmes des poèmes). S’il fallait ajouter un qualificatif à musique arabe ce serait plutôt « maghrébine » étant donné l’apport musical du Maghreb (surtout sur le plan rythmique) et l’usage de l’Arabe dialectale avec une poétique propre à lui. Le musicologue Necereddine Baghdadi est revenu sur l’histoire du chaabi dans une récente interview.

Le chaabi, toujours vivant

Ayant rappelé les racines du chaabi, revenons à son actualité. Le film prétend faire revivre une musique disparue après l’indépendance du fait de la séparation des juifs et des arabes. Cette hypothèse est tenue mordicus jusqu’à l’absurde. Le fait est que non seulement le mot « chaabi » date de l’après-indépendance mais le style lui-même s’est épanoui dans l’Algérie indépendante. Les grands noms auxquels on associe aujourd’hui le chaabi sont de la génération qui a suivie celle de M’hamed El Anka : El Hachemi Guerouabi, Amar Ezzahi, Boudjemaa El Ankis… Sur le plan de la création, on a commencé à découvrir des artistes novateurs tels que Dahmane El Harrachi, Mohamed El Badji ou encore le prolifique auteur Mahboub Bati. On a parlé de néo-chaabi et ce style est sorti de la Casbah pour être adopté par tous les Algériens. Et cela s’est poursuivi jusqu’à Kamel Messaoudi durant les années 90 et se poursuit encore avec les milliers de jeunes qui pratiquent encore cette musique. L’immense engouement public se vérifiait encore récemment à l’occasion du Festival Chaabi.

C’est de ce chaabi vivant que le film ne parle pas, ne veut pas parler. On s’étonnera par exemple d’écouter le groupe interpréter Ya Rayah de Dahmane El Harrachi, Chehilet Laayani de Chaou… Autant de musiques qui ont vu le jour après l’indépendance, après la mort du chaabi (si l’on s’en tient à l’hypothèse du film). Paradoxalement, El Gusto ne dérange pas tant par son infidélité au chaabi que par son conservatisme artificiel.

Tout cela étant dit, je n’ajouterai pas ma voix aux cris d’orfraies poussées sur commande du Ministère de la culture. El Gusto a l’ambition de sortir le chaabi de l’étroit cadre algérien pour le faire connaître dans le monde, pour l’intégrer aux musiques du monde. Certains regretteront de voir le chaabi « se donner en spectacle » sur scène avec un orchestre gigantesque et une mise en scène de peplum. C’est le prix à payer pour faire son entrée dans le show business. Le chaabi a connu le temps de la culture subventionnée par l’Etat. Cet Etat s’est embourbé dans le clientélisme et le favoritisme. Bref, le socialisme est mort. Aujourd’hui l’offre du libéralisme, de l’industrie du disque, est bien plus alléchante. Heureusement qu’entre ces compromis artistiques et politiques subsistent des radicaux de la trempe de Amar Ezzahi[3] qui poursuivent sobrement leur cheminement artistique. Parmi les plus jeunes on pourrait encore citer les chanteurs Sid Ali Lekkam, Kamel Aziz, les auteurs comme Yacine Ouabed ou les musiciens comme le révolutionnaire Ptit Moh qui explore des pistes tout à fait audacieuses prouvant qu’une tradition musicale ne peut se maintenir que par l’innovation constante. Ceux-là ne sont pas « populaires » par démagogie politique ou par stratégie marketing. Ils sont populaires en ce qu’ils poursuivent une pratique artistique particulière à ce peuple, et qui a survécue aux invasions et idéologies successives, « vierge après chaque viol » comme dirait Kateb Yacine.


[1] A ce propos, il n’est pas inutile de rappeler que, du temps de la colonisation, un juif ne pouvait pas officiellement fonder d’association de musique arabo-andalouse, parce que portant le statut d’association musulmane. On pensera par exemple au grand Edmond Yafil qui a dû faire appel à Bachtarzi pour pouvoir monter son association. Cette petite digression, pour rappeler que les lois de l’époque dénotaient d’une forte séparation, quand ce n’était pas de la ségrégation, raciale et religieuse.

[2] Secrétaire adjoint aux « émissions musulmanes » de la Radio Algérie à partir de 1943, on lui doit la création du premier orchestre de « musique populaire » dirigé par M’hamed El Anka. Voir l’anthologie de A. Bendameche intitulée Florilège, ou l’œuvre réunie d’El Boudali Safir, ENAG, Alger, 2008.

[3] L’espace est ici trop étroit pour citer tous les artistes de cette trempe à l’image de Kamel Bourdib ou Abderrahmane El Koubi…

Blog-Plagiat: pourquoi inventer quand on peut imiter?

Blog-Plagiat: pourquoi inventer quand on peut imiter?

Un petit coup de gueule contre une certaine tendance des blogueurs dz (mais pas que) à reprendre mot à mot des articles préexistants, le plus souvent des articles de journaux quotidiens. Il y a une infinité d’outils créés pour reprendre un contenu en deux clics. Cela permet d’étoffer le contenu de votre blog à moindre frais et d’augmenter votre trafic. C’est du moins ce que pense les blogueurs qui ont ce genre de pratiques.

Le tricheur à l’as de carreau par Georges de la Tour

Le tricheur à l’as de carreau par Georges de la Tour

Personnellement, je suis à chaque fois déçu de voir dans un blog des articles repris d’autres sites de médias. Pourquoi?

-Parce que le blog est censé être ce contre pouvoir que ne peuvent plus assumer les médias à cause des contraintes financières.

-Parce que blogger sert à exprimer son opinion et non celle des autres. On peut adhérer à une opinion activement mais pas en copiant servilement. On peut citer et commenter.

-Parce que ce n’est même pas efficace pour augmenter son trafic. Le seul moyen est de proposer du contenu original et plus ou moins unique.

-Parce que derrière un blog il y a un blogueur et que l’intérêt de ce média c’est aussi de connaitre les personnes d’après leurs idées. La différence entre un article de blog et un article « journalistique » est que le bloggeur dit JE.

-Parce que la paresse intellectuelle c’est mal.

Si vous voulez quand même plagier des articles sur votre blog voici, le dernier outil pour google chrome c’est Word This. Lire l’article.

Une autre pratique qui devrait figurer dans la charte du bloggeur honnête: mettre des liens vers les sources qu’on cite. C’est une manière de les remercier du contenu intéressant qu’ils proposent. Les liens c’est un peu la monnaie d’échange du web. Voici un article qui explique le fonctionnement des trackbacks (rétroliens): Pingback 3la men Trackback par FreeFoxTv. Ce que je viens de faire est un exemple de trackback:  j’ai mis un liens pour vous inviter à le consulter. Ca ne coûte rien, c’est utile et ça fait toujours plaisir à l’auteur.

Le Petit Fûté persiste dans sa stigmatisation de l’Algérie

C’est la polémique qui remue le net et la presse algérienne en ce moment. Les propos intolérables du Petit Fûté Algérie 2010. C’est une contribution de M. Kezzar dans El Watan qui a ouvert le débat. Le journaliste et spécialiste en tourisme reprend des extraits du guide qui torpille littéralement la destination Algérie dans tous ses aspects: Politique (curieux pour un guide touristique, cet aspect est mis au premier plan), social (insécurité, violence contre les femmes, prostitution, islamisation… bref le discours sur les banlieues à peine modifié), culturel (avec notamment des photos de vielles dames dans la nature portant la légende « kabyles » exactement comme on mettrait « girafes »), sanitaire (notre eau est sale et « il est difficile de se soigner ») je vous passe les passages fleuris de réflexions sur la jalousie et la tendance naturelle au commérage chez les Algériens…

kabyles dans la nature

Bref un guide à haute teneur caricaturale qui ne manquera pas d’égayer vos soirées de ramadan. Comme j’en avais parlé après la sortie de l’article: je ne sais pas s’il faut en rire ou en pleurer. Et là Jean-Paul Labourdette, le directeur de la collection réagit dans une interview. Voici les propos rapportés par le site d’information Rue89.com:

Le Petit Fûté est l’ami de l’Algérie

Ce guide a plus de deux ans, c’est sa quatrième édition, il a été relu par nous et validé par le bureau de la censure des autorités algériennes… Je ne comprends pas bien pourquoi El-Watan fait cette polémique aujourd’hui. Pourquoi s’attaque-t-on au “Petit Futé” ?

… Nous faisons la promotion de la destination !

… Le Quai d’Orsay nous l’a même parfois reproché !

D’abord remarquons que ce guide qui crie haut et fort que le pouvoir algérien est corrompu, totalitaire, islamiste, incompétent, injuste… Eh bien ce même guide se plie à l’exigence de l’état algérien de passer par « le bureau de la censure ». Le guide prend même partie pour ce pays contre les autorités de son propre pays. Le Petit Fûté serait l’ami des dictatures?

Je pense plutôt que ce guide a flairé le pactole (le Petit Futé Algérie est la deuxième meilleure vente de la collection!) et le comité de lecture a été d’un incompétence qui nous mettrait presque d’accord avec les propos du guide. Précisons que beaucoup de grandes entreprises algériennes (Mobilis, Air Algérie…etc) ont réservé des pages de publicité dans le guide… Eux non plus n’ont rien remarqué d’anormal.

Le Petit Fûté est un sentimental

Ça n’a rien de stigmatisant. Je ne vois pas pourquoi l’auteur n’aurait pas le droit d’écrire l’analyse qu’il fait de la société algérienne telle qu’il l’a ressentie. Une partie des extraits critiqués figuraient d’ailleurs dans les éditions précédentes et il n’y a jamais eu de problème.

Je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas décrire notre vision. Surtout que des dizaines d’articles dans la presse européenne relatent ces faits, par exemple sur la situation des femmes, la corruption, le système économique du pays.

J’avoue que ce « Notre vision » est désarmant. Ce guide serait donc finalement la visions de deux ou trois personnes qui ne se soucient nullement de la réalité qui existe au-delà de le « Leur vision ».  Prenons par exemple l’histoire des violences conjugales. Le Petit Futé affirme:  « il est toujours normal pour un homme algérien de lever la main sur sa femme, sa petite amie, sa fille, sa sœur« . Il donne ensuite le chiffre de 4000 cas de femmes battues par ans.

Quand on sait que le dernier rapport en France signale 410.000 cas pour l’année 2007 avec une hausse de 30%. Quand on sait que l’urgence poussé l’Etat français à décréter La violence conjugale cause nationale. On se pose des questions. Entendons-nous bien je ne dis pas que les femmes sont mieux traitées en Algérie qu’en France, je n’en sais rien. Mais qu’on dise que l’algérien trouve normal de frapper les femmes. Là nous sommes au-delà de l’intolérable.

Le Petit Futé serait-il un algérien comme les autres?

L’argument suprême du Petit Futé est  que les commentaires des internautes donnent raison au guide. Alors oui je dois dire que beaucoup de commentaires lui donnent raison. Mais comme vous le savez les commentaires sont à l’information web ce qu’est la discussion de comptoir au journalisme. Oui un taxi m’a dit ce matin que les algériens sont incultes, oui mon coiffeur m’a dit l’autre jour que les algériens sont sales… Est-ce que je reprendrais ces propos dans un guide touristique distribué dans le monde entier?

Au fait cette remarque résume ce que je reproche à ce guide. Une familiarité inacceptable… On le dirait tout droit sorti du cerveau d’un algérien très moyen et agrémenté d’un langage Banania du plus bel effet. Je crois qu’on mérite mieux.

Alors oui l’Algérie est riche en dysfonctionnements et en paradoxes mais ça on s’en occupe. Que les guides touristiques restent des guides touristiques, pas des pamphlets à charge. Nous sommes assez futés pour nous rendre compte de nos problèmes dans leur vraie dimension et de tenter de les régler.

Épilogue

A part les médias indépendants et la société civile, la réaction du côté algérien est quasi nulle. Aucune déclaration officielle. Du côté Petit Futé, voici la décision: Pour la cinquième édition (décidément ce bouquin se vend très bien) « deux ou trois phrases seront peut-être modifiées; a déclaré Monsieur Labourdette. Mais pas ce qui rend compte de réalités factuelles »

Ah oui voilà un petit cadeau pour vous:

Le texte intégral du Petit Futé 2010.

Merci qui? Merci google books.

Guéguerre dans l’andalou!

Guéguerre dans l’andalou!

Il y a des personnages dans le monde de la musique arabo-andalouse qui font plaisir à écouter, pour leur savoir, leur cohérence, leur pédagogie… Et ces personnes sont rares. La pratique musicale se fourvoie souvent dans le conservatisme aveugle et la répétition stérile. Parmi ces personnages il y en a deux que j’apprécie particulièrement: Rachid Guerbas et Nouredine Saoudi. Le problème est que ces deux personnages ne s’apprécient manifestement pas mutuellement.

Les deux apportent un souffle nouveau à cette musique qui souvent sent la naphtaline, les napperons poussiéreux et les bibelots abimés par le temps dans un intérieur typique de la vielle Casbah. Les deux hommes tentent à leur manière de redonner vie à cette forme musicale qu’on appelle Nouba. Les deux ont tenté de recomposer des nouba à partir de fragments de mélodies et de textes. Ils ont même composé des noubas inédites. Et ça, mine de rien, ça ouvre une voie extrêmement intéressante.

Le hic est que ces deux têtes pensantes (qui n’apprécieront sûrement pas que je les compare dans un article mais je fais ce que je veux c’est mon blog) ne collaborent pas énormément et chacun  ne rate jamais une occasion pour dire tout ce qu’il pense du travail de l’autre… et il en pense rarement du bien!

Jugez vous-même:

Noureddine Saouli

Noureddine Saoudi

Dernièrement j’ai lu une interview de Noureddine Saoudi dans El Watan du 24 août 2010:

M. Saoudi a également exprimé son mécontentement de voir les trois écoles de musique classique algérienne, Sanâa (Alger), Malouf (Constantine) et Gharnati (Tlemcen) rassemblées dans un même orchestre, appelé l’Ensemble national de  musique andalouse dirigé par Rachid Guerbas. «L’histoire a fait que les trois écoles se démarquent les unes des autres, alors qu’il y a un orchestre dans lequel ces trois écoles jouent en même temps. Je pense qu’il y a quelque chose qui ne va pas là dedans. Pour moi, en tant  qu’interprète de ce genre de musique, cet assemblage représente une sorte de  trahison à la mémoire», a-t-il argumenté.

Saoudi fait allusion (et plus qu’allusion) à l’orchestre national de musique andalouse initié et dirigé par Rachid Guerbas. La querelle tourne autour de l’idée d’Ecole ou de variante de la Musique arabo-andalouse:  Soit il existe Une musique arabo-andalouse et toutes les pratiques musicales dans diverses régions n’en sont que des variantes (Position de Guerbas); ou alors toutes les pratiques musicales sont à conserver en tant que telles et doivent exister de matière autonome (les « écoles »: Malouf pour l’est, Sanaa pour le centre et Gharnati pour l’ouest) et ça c’est la position de Saoudi.

Personnellement (et mon avis n’engage que moi), il est intéressant de combiner ce que peut apporter chaque école pour retrouver la forme cohérente de la Nouba. Il y a des parties de noubas qui ont été sauvegardés dans tel style et pas dans l’autre, il y a des rythmes qui ont été transformés… Donc l’expérience de Guerbas ne me parait pas être une trahison… Pas plus que Bach ne trahit la musique allemande en recopiant les partitions de Vivaldi! Et pour rester dans l’exemple du classique occidental, les forme « Suite » et « Sonate » n’auraient jamais vu le jour si les nations n’apprenaient mutuellement les unes des autre. Aujourd’hui Bach, Vivaldi et Haendel ne sont pas considérés comme des compositeurs de musique allemande, italienne ou anglaise mais bien des compositeurs de Musique classique occidentale qui partagent les mêmes formes.

Rachid Guerbas

Rachid Guerbas

Revenons à nos deux protagonistes. Dans une interview que j’ai réalisé avec Guerbas il avait lancé cette petite pique contre Saoudi:

Je suis très réticent quand je vois certains de nos musiciens issus de la musique andalouse vouloir créer une convergence en allant vers des expressions musicales populaires étrangères, que se soit avec le Flamenco ou le Fado par exemple. Les limites de leur formation artistique aboutissent à n’imposer à nos musiciens que ce seul « choix ».

Ces musiques traditionnelles sont plutôt du registre des musiques populaires, avec leurs propres modes de développement et une grande importance accordée  aux textes. C’est pourquoi cet échange entre musique savante modale et musique populaire tonale qui ne s’inscrit pas dans la sphère de la création me parait inapproprié du fait des niveaux inégaux de structures, de formes et de l’élaboration dans l’écriture. Ai-je le droit de penser que le ketchup n’apporte rien de bon à notre ancestral et merveilleux couscous ?

Le ketchup dont il est question est l’expérience réalisé par Noureddine Saoudi avec la légendaire chanteuse de Fado Amalia Rodrigues. Le même Saoudi a aussi participé récemment à un concert Flamenco-fusion de Titi Robin à Alger. L’idée de Saoudi est que les musiques de la méditerranée peuvent communiquer et échanger quelle que soit leur nature. Guerbas quant à lui défend l’idée que le communication ne peut se faire que dans des conditions précises qui respectent l’essence de chaque musique. Autant dire pas de fusion.

Personnellement, je trouve que l’initiative de Saoudi est salutaire… et puis on ne peut pas contraindre un artiste au respect stricte des normes formelles. Un musicien est influencé par tout ce qu’il écoute, sa musique change au contact des autres et c’est ce qui lui donne vie. Je veux dire, je n’attends pas de l’artiste qu’il  soit certifié musicologiquement halal. Il fait ce qu’il veut.  Prenons un exemple qui n’a rien à voir, Piazzolla le plus célèbre compositeur de Tango du XXème siècle était très mal vu par les puristes de ce genre. Et pour cause, ce compositeur empruntait des éléments du jazz, du classique et même de la musique populaire juive. Aujourd’hui si le tango est joué dans le monde entier c’est grâce aux compositions de Piazzolla. Et les puristes le remercient à titre posthume!

Je pense enfin que ces deux messieurs, Saoudi et guerbas, peuvent apporter beaucoup à la Musique Arabo-andalouse. Leurs travaux sont vraiment passionnants. Mais ils devraient plutôt conjuguer leurs efforts pour arriver à sortir cette musique d’une léthargie qui n’aura que trop duré. Les deux sont d’accord pour aller vers plus de professionnalisme et de rationalité. Peut importe le chemin suivi on a hâte d’y arriver.

Finissons sur cette belle citation à méditer: « La bouse de vache est plus utile que les dogmes : on peut en faire de l’engrais. » Si vous trouvez l’auteur de cette citation vous gagnez une boite de Qalb el’louz.

El Watan sonde le ramadhan algérien!

Aujourd’hui le quotidien  El Watan fait sa une avec ce titre racoleur: Comment le Ramadhan bouleverse la vie des Algériens. Il s’agit dans les faits d’un sondage sur le comportement des algériens en période de jeûne.

Le journal balance en première page les pourcentages suivants:

« -48 % des Algériens font carême tous les jours.

-36% ne le font pas pour des causes diverses.

-7% ne le font pas volontairement. »

Juste un petit détail. Les causes diverses incluent les maladies chroniques, les personnes âgés…etc. Autant dire que ces personnes sont à classer avec les 48% qui font le Ramadhan. C’est pas bien El Watan de jouer sur les mots!

Et puis juste un autre détail « le carême » ce sont les 40 jours de jeûne de Jésus dans le désert et les rites qui en découlent dans la religion chrétienne. C’est juste un détail mais utilisons les mots pour ce qu’ils veulent dire, on s’en portera mieux. Et puis ne dit-on pas que le Diable se cache dans le détail?

Mensonge et statistiques

Le journaliste qui reprend le sondage annonce: « Un sondage réalisé en 2007 par l’institut Abassa… Les résultats peuvent êtres considérés comme valables aujourd’hui, la société algérienne ayant très peu évolué depuis. »

D’abord qu’est-ce qui lui dit à ce monsieur que la société algérienne a très peu évolué en 3 ans? (il a fait un sondage?) Remarquons aussi que notre journaliste évite soigneusement de signer son article. Des explications s’imposaient aussi. Balancer un sondage sans rien expliquer ne rime à rien.

Méditons un moment cette maxime de Mark Twain l’auteur génial de Tom Sauwyer (qui n’est pas un livre pour enfant, pas plus qu’Alice). Donc Mark Twain disait: « There are three kinds of lies: lies, damned lies and statistics ». Qu’on pourrait traduire par: « Il y a trois sortes de mensonges: les mensonges, les satanés mensonges et les statistiques »

…Vous avez assez médité? Ok continuons!

Le sondage de Abassa donc se veut soi-disant révélateur de quelques vérités. Il casse l’a priori qui voudrait que les gens jeûnent moins en kabylie. « les wilayas de Tizi Ouzou, Oran, Mostaganem, Annaba et Sétif réalisent à peu près les mêmes scores à quelques poussières de pourcentage près. »

Par contre le sondage confirme le préjugé qui voudrait que les arabophones soient plus pratiquants que les francophones.

Quand on compare les réponses selon la langue pratiquée et la moyenne nationale des non-jeûneurs volontaires ça donne cela.

-Arabophones monolingues : – 30% par rapport à la moyenne nationale.
– Bilingues arabophones/berbérophones : – 22%
– Bilingues arabophones/francophones : + 28%
– Monolingues berbérophones : 0% par rapport à la moyenne nationale
– Monolingues francophones : + 16%
– Bilingues francophones/berbérophones : + 4%.

Encore une fois les kabyles sont dans la moyenne nationale. Je serais heureux de tordre le coup à ce préjugé mais pour ma part je ne crois pas trop aux sondages. Si vous y croyez vous allez voir par ici l’article d’El Watan.

Enfin article… disons plutôt citation scrupuleuse d’un journaliste anonyme. Oui j’insiste sur ce point. Il est impératif d’expliquer ce qu’on veut faire dire à un sondage. Ne pas avoir commenté cet article relève au mieux de l’incompétence et au pire du manque de courage.

A bon entendeur saha shourek.

PS: Si je suis aussi critique envers El Watan c’est seulement parce que j’exige une certaine qualité de ce journal. C’est le seul quotidien duquel je ne désespère pas complètement.

D’ailleurs dans l’édition d’aujourd’hui je vous conseille vivement cette excellente contribution à propos du « Petit Futé Algérie« . Le journaliste et spécialiste en tourisme M. Kezzar reprend les horreurs que lance ce guide de référence à propos de l’Algérie. C’est tellement énorme qu’on ne sait pas s’il faut en rire ou en pleurer. Allez-y c’est par ici l’article.

Un mouton peut-il jeûner?

Comme à chaque Ramadhan depuis quelques années on entend ici et là parler de personnes qui provoquent le scandale (voir sont incarcérés) pour avoir mangé durant la période du jeûne.

Cet année c’est le Maroc qui remporte la palme des non-jeûneurs. Six jeunes marocains ont fait du manger un acte politique. Une sorte de pique-nique surprise si vous voulez. Cela pour protester contre la loi interdisant de manger dans les lieux publics durant la période du jeûne. Plus exactement l’article 222 prévoyant une peine d’emprisonnement pour ceux qui rompent ostensiblement (tiens ce mot me rappelle une autre loi de l’autre côté de la méditerranée) le jeûne en public pendant le Ramadhan. Les six jeunes non-jeûneurs seront traduits en justice comme le prévoit la loi.

En Algérie, les non-jeûneurs 2010 sont moins politiques. Il s’agit de deux ouvriers dans le bâtiment à Ain El Hammam. Ils ont été arrêté pour buvage d’eau dans un lieu public. Ils devaient simplement avoir trop soif. Les policiers ont sauté sur l’occasion et sur les deux ouvriers. Le procès prévu pour le vendredi 11 août a été reporté suite à une mobilisation d’une partie de la population local. Rendez-vous le 21 septembre.

moutons Deniro (Taxi driver)

Voilà. Tout cela est bien triste et donne une piètre image de nos sociétés dans le monde. Maintenant posons nous une question. Qu’y a-t-il de plus grave? Des personnes qui ne jeûnent pas ou des personnes qui jeûnent et provoquent quotidiennement des bagarres avec des conséquences souvent dramatiques. Tout cela parce qu’ils ont faim… S’il n’y avait pas cette pression pour jeûner ces énergumènes ne jeûnerait sûrement pas et nous laisseraient passer le ramadhan en paix.

Beaucoup de personnes jeûnent pour faire bien, pour faire comme tout le monde. Je ne suis pas là pour juger du bien fondé des actes des uns et des autres. Mais jeûner pour devenir une bête furieuse je ne pense pas que c’est dans l’esprit de l’islam. Le jeûne ne doit pas être une contrainte imposée par autre chose que sa conscience et sa volonté.

El Istikbach voici un mot bien algérien qui définit l’action de faire comme tout le monde parce que tout le monde le fait. Le mot est dérivé de Kabch qui signifie mouton et pourrait donner « Moutonnisation » en français. Un concept que n’aurait pas renié le dramaturge Ionesco, créateur de la Rhinocérite (la même chose mais avec des rhinocéros).

Je pense qu’on devrait arrêter avec El istikbach. Que ceux qui veulent jeûner jeûnent et que les autres déjeunent, je crois qu’on s’en porterait beaucoup mieux. Démoutonnisons-nous! Et que ceux qui jeûnent le fasse en qualité d’êtres humains non en ovins.

Saha shourkoum amis humains!

Shakira, l’ONDA et le cyber du coin!

« Waka Waka, this time for Africa », vous connaissez? Ce truc qui nous casse les oreille depuis plus de deux mois. La chanson de Shakira pour la coupe du monde. La chanteuse et Sony (son distributeur) font des bénéfices titanesques avec ça.

Vous le savez peut-être, ce titre a été emprunté à un groupe camerounais. C’est une vieille chanson nommée Zangalewa du groupe Golden Sounds (voir la vidéo). Et le groupe qui a découvert son morceau à la radio, a touché des clopinettes. Juste de quoi les faire taire.

Ce n’est pas Shakira qui nous l’apprend. La propriété intellectuelle en Afrique est très peu (mal) protégée. Chez nous la propriété intellectuelle c’est l’ONDA qui s’en occupe. Et la situation des droits d’auteurs en Algérie n’est pas mieux qu’au Cameroun. Combien de fois avez-vous acheté un album original d’Al Anka, Amar Ezzahi ou encore Cheb Bilal ? Aujourd’hui les droits d’auteurs ne rapportent rien aux artistes. Si ce n’est les concerts, c’est impossible de vivre de la musique.

Côté web le piratage touche des sommets. Les sites qui proposent de la musique algérienne en streaming sont légion. Et contrairement à ce qui se fait dans le monde, ces sites n’ont rien (ou presque) à payer pour exploiter la production des autres.

Finalement, les cybers vont payer l’ONDA ! Comme d’habitude, on préfère s’attaquer au plus petit. Alors qu’à l’étranger ce sont des sites comme Deezer ou Radioblog qui sont obligé de payer des sommes faramineuses pour être en règle chez nous ce sera aux Cyber de payer 1000 da par an.

Music à disposition des sites web

Music à disposition des sites web. ONDA

Free Fox TV l’a révélé (dans cet article), des agents de l’ONDA débarquent dans les cybers et les taxent de 1000 da. Le motif ? Il est indiqué sur le document : « Music à disposition des sites web ».

Keskecé ?!! Depuis quand les cybers envoient-ils de la music aux sites web ? Si vous arrivez à décrypter cette phrase faites-moi signe. En attendant les agents de l’ONDA ont trouvé le bon filon pour arrondir leur fin de mois et aborder le ramadhan sereinement…