Lazhar Hakkar au MAMA : Quête de mémoire, quête de visages…

Traversée de la mémoire au MAMA

Une rétrospective  de l’œuvre du peintre algérien Lazhar Hakkar se tient actuellement au Musée national d’art moderne et contemporain (MAMA). Intitulée « Traversée de la mémoire », l’exposition est l’occasion d’une plongée dans l’univers à la fois étrange et familier de Lazhar Hakkar.  

Entre les débuts de l’artiste durant les années 70 et ses oeuvres les plus récentes se dessine une très grande variété de techniques : de la peinture à l’huile des premières toiles on passe rapidement aux techniques mixtes, acrylique, encre de chine, lithographie… Le plasticien développe un travail sur la matière et les signes qui le mène à user tantôt de terre, tantôt de feuilles d’or et d’autres matériaux divers.

Les premières toiles sont clairement mues par un désir de témoignage de la réalité de la guerre d’Algérie. Né en 45, l’artiste est fortement marqué par les images de guerre, qui transparaissent par exemple dans « Khenchela 1954 ». Sa région natale, Khenchela, est également une source d’inspiration majeure.

Toujours dans la veine du témoignage, l’artiste aborde le thème des essais nucléaires de Reggane (et de ses retombées tragiques sur les habitants et l’environnement) ou encore les inondations de Bab El Oued.

Soulignons tout de suite que le témoignage ici n’a rien d’une justification extérieure à l’œuvre. L’évènement est vécu de l’intérieur et la toile ne se veut nullement une simple mimésis (imitation) d’un fait donné : elle le recréé autrement.

On se rappellera des paroles de Kateb Yacine affirmant que la bombe qui avait arraché la main de Mhamed Issiakhem explosait de nouveau dans chacune de ses toiles. Non pas qu’il dessinait des explosions, c’était sa peinture qui devenait explosion. On décèle à ce propos une certaine parenté entre Lazhar Hakkar et Issiakhem, la même obsession des visages et des couleurs terreuses, avec peut-être une touche d’optimise qui distingue Hakkar et imprime une très grande diversité à son oeuvre.

Témoignage donc mais pas imitation. La communication elle-même est interrogée avec des tableaux autour du thème des cris, des chuchotements, du silence ou encore avec la triade : « Le peuple a vu », « Les enfants ont vu », « J’ai vu ». Une belle leçon à la jeune scène artistique algérienne : il ne suffit de promener une caméra dans la rue pour témoigner d’une réalité sensible.

Figures passagères

L’obsession indéniable de Hakkar est sans conteste le visage. Qu’il s’agisse d’un portrait, d’un groupe de personnages ou de figures qui se détachent sur un fond non figuratif, les visages sont systématiquement effacés. Ils semblent rejaillir du lointain (lointain de l’espace et lointain du souvenir). Même quand le visage est central, comme c’est le cas dans les portraits « Khemissa » ou « Fatma » par exemple, il est placé parmi une multitude de signes et de symboles.

Et si le visage était le signe par excellence ? Le signe d’une pure expression. Là encore, l’artiste mène l’usage du signe, véritable lieu commun de la peinture algérienne, vers des horizons nouveaux.

La recherche sur le signe amène Hakkar à s’intéresser à la magie et à l’occultisme avec par exemple une magnifique toile intitulée Hrouz (talismans). La dimension africaine est également invoquée, surtout depuis les années 90 et 2000, mais l’influence est parfaitement maîtrisée et vient enrichir d’une nouvelle couleur, la palette artistique de Hakkar. La forme d’art plus moderne de la bande dessinée est également évoquée avec des dessins à l’encre de Chine d’une grande densité narrative. Toujours dans l’art contemporain on pensera au style urbain d’un Keith Haring et de ses fameuses silhouettes que rappellent certaines toiles de Hakkar… Bref une infinité d’influences au service d’une œuvre très cohérente.

L’émotion est par ailleurs au centre de la démarche artistique de Hakkar. On retrouve, entre deux envolées oniriques, des œuvres sur les thèmes de la solitude et de l’inquiétude. Seulement l’artiste ne se focalise nullement sur le côté sombre de l’âme humaine. Le spleen est vite parti avec les couleurs vives de la méditerranée qui nous font voyager vers Sidi Bou Said et ailleurs dans un périple autour de la mare nostrum.

Lazhar Hakkar au MAMA

Et de nouveau des visages, avec entre autres la figure vide du « Terrien de demain ». Le visage est finalement le meilleur signe pour représenter le temps. Le temps qui modifie les traits, le souvenir du visage aimé, l’expression de l’instant… L’on comprend mieux l’intitulé de l’exposition « Traversée de la mémoire » : le visage est probablement une des clés de cette traversée. Visage et mémoire, expressions du plus familier et du plus insaisissable, deux voies du même « Chemin aux sentiers qui bifurquent » : le temps.

Le temps, il vous faudra nécessairement le trouver pour visiter la rétrospective Lazhar Hakkar au Musée national d’art moderne et contemporain MAMA. L’exposition est ouverte jusqu’au 10 février 2013.

Walid Bouchakour (Moh Kafka)
Paru initialement dans le quotidien Reporters

Une Réponse

  1. LE GRAND ARTISTE PEINTRE LAZHAR HAKKAR FAIT PARTIE DÉSORMAIS DE LA MÉMOIRE ALGERIENNE

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