Rido Bayonne : « L’Afrique sera le centre du monde»

Rido Bayonne : « L’Afrique sera le centre du monde»

Dernière interview de la série Panaf 2010. Rido Bayone que j’avais rencontré complètement pas hasard dans le hall de l’hôtel où il résidait. J’avoue que je ne le connaissais pas. Un évènement bizarre s’est passé: Il m’avait pris pour son fils!.. Ce sont des choses qui arrivent. On avait donc bien rigolé et puis on a discuté un peu et de là j’en ai fait ce petit entretien. Après notre rencontre J’ai écouté la musique de ce monsieur et ça vaut vraiment le détour. Ce musicien est selon l’expression consacré un touche-à-tout génial.

Rido Bayonne, musicien d’exception originaire du Congo et découvreur de talents en Afrique et dans le monde. Rencontré dans son hôtel au dernier jour du Panaf, il retrace pour nous son parcours artistique particulier ainsi que le bilan et les perspectives qu’il tire de son expérience au festival panafricain.

Aujourd‘hui, dernier jour du festival, quelles impressions gardez-vous des concerts que vous avez donnés ?

Quand je vois des jeunes qui ne sont pas forcément initiés apprécier mon travail ça me fait un grand plaisir. Ma musique n’est pas accessible aux gens qui ne réagissent pas, qui ne se mettent pas dans un contexte d’échange. Notre musique a permis de créer un échange, y compris avec les musiciens qui acquièrent les moyens de comprendre ce genre de musique, et ensemble apporter un échange avec le public. Donc l’initiation est pour le public, les musiciens et pour moi aussi parce que je découvre des paramètres que je n’avais pas prévu lors de l’écriture. Le public algérien est un public très jeune, les plus âgés devaient avoir 25 ou 30 ans, et le fait qu’ils m’aient adopté pendant les trois concerts que j’ai donné me flatte énormément et me touche. Je repars avec plein d’émotions.

Comment définiriez-vous le genre de musique que vous jouez ?
C’est une musique qui correspond à mon parcours. J’ai quitté mes parents à cinq ans et mon pays, le Congo, à dix ans. Et depuis, je sillonne le monde tout seul. Je n’ai pas été éduqué, j’ai grandi seul dans la rue. Quand je vois un enfant de dix ans aujourd’hui, avec les moyens qu’il a, je me dis que c’est un génie par rapport à l’enfant de dix ans d’il y a soixante ans. Dans mon parcours, j’ai bénéficié de l’héritage qui est le notre, nous les enfants de l’Afrique. Cet héritage c’est le rythme. A ce rythme, j’ai associé l’harmonie que j’ai travaillé en Occident et puis une nouvelle technique que j’ai élaboré aux USA. Cela donne ce que j’appellerai du Jazz Funk, c’est une musique assez réfléchie. C’est ce mélange, ce parcours que je mets en musique, qui me permet d’être différent  (moi qui n’aime pas la monotonie) et de promouvoir la diversité. Cette diversité interpelle beaucoup de gens parce que c’est la musique d’aujourd’hui et on peut en vivre à condition de la faire pour les gens qui l’écoutent. Moi je partage ce que j’ai en moi avec mon public : si je fais une musique où je mélange des cordes, une flûte traversière et des percussions arabes ou indiennes, je ne me demande pas qui va l’écouter ? Ou qui va l’acheter ?, je la partage avec qui veut l’entendre. C’est après que les connaisseurs prennent le relais pour la commercialiser. Je navigue avec ma diversité culturelle et les gens commencent à accepter mes conceptions musicales.

Une musique enracinée en Afrique ?
Absolument. Même les musiques qu’on évoque dans le monde : le jazz, le funk, le reggae, le blues, le rythm and blues… Il s’agit de musiques issues du continent africain. Que les uns et les autres interprètent à leur manière ou y apportent leurs idées c’est leur droit mais les bases de ces musiques restent africaines.

Et le festival panafricain permet une réappropriation de cet héritage ?
C’est une réorientation vers nous-mêmes ; parce qu’on ne connait pas assez cet héritage. Ce n’est pas normal que nous soyons étrangers à notre propre musique. Ce soir je vais écouter un orchestre symphonique qui rassemble des jeunes venus de divers pays africains et puis une chorégraphie créée pour l’occasion. La symphonie aussi est une histoire de cœur, de relation et de transmission. C’est très bien que ce genre d’opération se fasse. C’est marrant qu’il faille venir jusqu’ici en Algérie pour le voir alors que dans d’autres pays il ne se passe rien. Donc, bravo l’Algérie ! Malgré tout ce que le pays a enduré, aujourd’hui il se redresse.

Rido Bayonne
Comment voyez-vous l’avenir de  l’Afrique?
Il est temps de revendiquer nos valeurs. Il fut un temps où on avait tous les yeux et les oreilles tournés ailleurs, vers l’Occident. Je suis heureux de constater que plein de gens prennent l’Afrique comme modèle, les gens s’intéressent à ce qui se passe en Afrique et nous imitent… Un jour l’Afrique sera le centre du monde parce que c’est ici que l’homme est né. Les sociétés étrangères s’installent en masse chez nous, tout le monde vient se servir ici. On donne nos richesses à tout le monde et on nous réclame de l’argent en plus. Cela doit cesser. Mais même s’ils appauvrissent le continent ils n’arriveront pas jusqu’au bout. Il faut que nous soyons intelligents, qu’on accorde nos violons, qu’on soit plus unis. Les trois lettres O U A doivent prendre leur pleine signification, il faudrait qu’un jour on ait des Etats Unis d’Afrique pour que les choses aillent bien pour nous.

Et la culture montre l’exemple…
Oui, la musique est faite pour ça, et par son biais on peut régler quelques problèmes. Il y a des gens qu’on brime, qu’on empêche de parler à cause de leurs idées. En musique, en littérature, en peinture, on ne peut pas empêcher un artiste de créer. On a cette liberté et nous la mettons à profit pour exprimer ce que nous pensons et permettre à tout un chacun de s’éveiller par la musique et de prendre conscience qu’il y a des choses à faire. La prise de conscience doit être générale.

Moh Kafka

Pour en savoir plus:

http://www.ridobayonne.com/

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