Patrick Bebey: « Les Pygmées sont les plus grands musiciens d’Afrique! » (suite et fin)

Retour au début de l’interview

Francis Bebey, votre père, était un guitariste et compositeur pour guitare classique exceptionnel…

Il était autodidacte de la guitare. Il avait fait l’école buissonnière pour apprendre à jouer de la guitare. Il était bon élève par ailleurs, mais il a appris la guitare tout seul. Et petit à petit il s’est mis à inventer des techniques très particulières : il pinçait deux cordes pour reproduire le son des arcs musicaux qu’il entendait jouer dans les villages au Cameroun, il utilisait aussi beaucoup la caisse de la guitare pour s’en servir comme d’un tambour tout en jouant des notes de la main gauche. Il avait de sérieuses capacités de percussionniste et une grande indépendance des deux mains. Et il a crée une technique qui a fasciné beaucoup de gens; notamment John Williams qui a décidé de lui rendre hommage de son vivant en reprenant ses compositions dans son album.

Musique pygmée: Sanza et chant

Vous avez toujours œuvré à promouvoir la culture pygmée. La musique de ce peuple contient des éléments assez complexes, comme la polyphonie que l’on croyait réservée à la musique occidentale…

Oui, oui. De mon point de vue les pygmées sont les plus grands musiciens africains qu’il m’ait été donné d’écouter. Leur musique est d’une richesse incroyable. Je pense qu’Il faut dire la vérité : ils étaient là longtemps avant et ils avaient fait tout ça ! Peut-être pas de façon scientifique, avec beaucoup de naturel, mais on ne peut pas nous dire que c’est juste Jean Sébastien Bach qui a pensé à mettre de la polyphonie dans la musique (rire). Non. Les gars étaient là bien avant, avec juste des morceaux de bambou, en train de jouer de leurs flûtes et c’était magique, fantastique !

Est-ce que notre apport, nous africain, à la musique ne serait pas finalement cet aspect naturel ?

Exactement, j’arrive dans un orchestre symphonique avec ma sanza, qui est un morceau de bois avec des lamelles de parapluie posées dessus dont je joue avec le pouce, ou ma flûte pygmée qui est une flûte de bambou toute simple avec juste un trou où on souffle et qui donne juste une note… et pourtant on fait une musique incroyable avec ça; en ajoutant un peu de magie (rire)… je constate que ça les fascine vraiment de voir qu’avec des instruments aussi peu élaborés, on arrive à produire une musique aussi riche, aussi puissante.

Et si on parlait de votre album « Oa Na Mba ». Un hommage à votre père ?

Au fait c’est un album que j’ai débuté quelques mois avant le décès de mon père. J’ai beaucoup tourné avec lui, j’ai beaucoup appris auprès de lui. Et il me disait souvent dans ses dernières années : « Il faut que tu assimiles telle et telle chose parce que quand je ne serai plus là, il faut que quelqu’un continue à propager ce genre de musique à travers le monde. Et je pense que cette personne devrait être toi ». J’ai commencé trois mois avant son décès, alors que rien ne l’annonçait. Je voulais lui rendre hommage de son vivant. Il était très content des premières prises… Après sa mort je ne pouvais plus travailler sur ce projet pendant des années. Et quand j’ai eu de nouveau la force de le faire, je l’ai terminé et je l’ai appelé « Oa na Mba » qui signifie « Toi et moi » en douala, ma langue maternelle. Mais si vous le prononcez autrement, avec d’autres notes, le sens change totalement et ça veut dire : « Tu as dis que c’est mon tour ».

Y a-t-il des musiciens algériens que vous appréciez particulièrement ?

J’ai pas mal écouté Safy Boutella et j’aime énormément Karim Ziad. Il y a aussi un chanteur dont j’apprécie beaucoup le talent (qui est dans des tracas un peu compliqués malheureusement) : Cheb Mami. J’ai un énorme respect pour son travail de chanteur.

En parlant de chant, vous chantez principalement en Douala, contrairement à d’autres chanteurs africains qui chantent aussi en Français et en Anglais…

Je chante aussi un peu en Français et en Anglais. Mais beaucoup plus en Douala c’est vrai. C’est une langue empreinte de poésie, avec beaucoup de doubles sens et puis c’est une langue très chantante, avec des notes. Et… C’est ma langue maternelle !

Au programme du concert de ce soir ?

Beaucoup de titres de l’album Oa Na Mba avec le fameux Moussa Sissoko, le bassiste Samba Ndiaye et le batteur Chris Henry originaire de la Jamaïque. J’ai la chance de jouer avec des musiciens qui sont non seulement de très bons musiciens mais aussi de très bons amis. Cela facilite beaucoup les choses et se ressent aussi. On a vraiment du plaisir à être ensemble et beaucoup de respect les uns envers les autres. Et ça se transmet !

Moh Kafka

Allez faire un tour sur le myspace de Patrick Bebey pour écouter sa musique.

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