Patrick Bebey: « Les Pygmées sont les plus grands musiciens d’Afrique! » (suite)

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Patrick Bebey: « Les Pygmées sont les plus grands musiciens d’Afrique! » (part 2)

Interview de Patrick Bebey à Alger

Patrick Bebey à Alger pendant le festival Panafricain. Interview avec la magnéto qui tue. Un très bon souvenir...

Sur plusieurs morceaux, on vous entend jouer de la Sanza, piano à pouce africain…

C’est un instrument que je revendique. C’est un petit piano africain ! En plus, c’est le type d’instrument (avec la flûte pygmée que j’utilise aussi) dont on disait à mes parents de ne pas jouer. On leur disait : « Ne jouez pas de ça ! N’écoutez pas les gens qui en jouent ! C’est de la musique de sauvage. Ecoutez plutôt de la musique classique ou… Johny Hallyday. Enfin des choses normales ! ». On refusait à mes parents la fierté de cette musique enracinée en Afrique et qui est vraiment d’une richesse insoupçonnée… Quoi que, les américains ont déjà découvert la richesse de cette musique. Je vous raconte une anecdote: je joue de la Sanza depuis presque 25 ans et une fois, descendant de scène en Allemagne, une journaliste vient me trouver et me demande : « La sanza, vous-en jouez parce que vous en avez entendu dans le dernier disque de Gloria Estefan ? ». M’entendre dire ça c’était un comble (rire). Non, ce n’est pas les africains qui copient les américains. Les américains ont le flair pour capter la sensibilité et tout ce qui est intéressant dans la musique africaine et, grâce aux gros moyens dont ils disposent, ils diffusent cela à travers le monde comme si c’était une découverte à eux mais ce n’est pas le cas.

Donc le concerto pour flûte pygmée que vous avez interprété avec un orchestre symphonique c’était un peu une revanche sur cela…

Ah oui! A la base c’était une commande. Un chef d’orchestre allemand m’a proposé de monter un répertoire dans lequel je mélangerai les instruments africains dont je joue avec un orchestre de musique classique. Je n’envisage pas la musique comme une revanche, une bagarre. Cette pièce m’a demandé beaucoup de temps pour la composer. Et j’étais fier ! On répétait avec 70 musiciens, certains avaient du mal à jouer à cause du rythme et je leur expliquais le plus simplement possible ce que j’attendais d’eux. C’était un partage de la musique et… une sorte de revanche, oui (rire). J’ai depuis, l’opportunité de jouer, au moins une fois par an, des pièces que je compose pour des instruments africains avec soit un orchestre symphonique soit avec un orchestre de chambre ou un quatuor à cordes. C’est une grande chance.

Et le mélange se fait facilement ?

Pour moi c’est très naturel. Peut-être parce que j’ai baigné dans toutes ces musiques. Chez mes parents on écoutait de tout. Mon père aimait bien mettre de la musique classique le dimanche matin, on écoutait aussi les Beatles, Steevie Wonder, Nana Mouskouri… Il y avait une énorme ouverture d’esprit, une énorme ouverture musicale à la maison. Donc la musique que je compose est, pour moi, une musique vraiment africaine interprétée avec des instruments occidentaux.

Donc vous n’êtes pas dépaysé en vous retrouvant dans un orchestre symphonique…

Non, pas du tout. Ce sont les musiciens qui, découvrant ce que j’ai composé, sont dépaysés. Mais jusqu’à présent la plupart sont conquis ! C’est plutôt bon signe. Je crois que la musique a ce pouvoir de rassembler des gens d’horizons totalement différents pour élaborer quelque chose ensemble.

Autre expérience étonnante : vous avez fait partie du WEB trio aux côtés de John Williams, le grand guitariste classique qui est par ailleurs un fan de la musique de Francis Bebey, votre père…

On a été amené à tourner ensemble peu après le décès de mon père. Il venait d’enregistrer quatre ou cinq titres de mon père dans son album (Magic Box ndlr) et il m’a proposé de faire une tournée ensemble. Il m’avait demandé de lui envoyer ce que je faisais pour découvrir mon univers. Je lui ai envoyé et il a bien aimé. Il m’a dit : « On pourrait monter un trio avec un autre guitariste, John Etheridge. Ca pourrait être une formule intéressante. ». Et on  a mélangé donc la guitare classique de John (qui en même temps avait beaucoup travaillé avec mon père la guitare du Cameroun, les rythmiques de Makossa) et puis le guitariste anglais John Etheridge qui est totalement dans le Jazz et moi qui était au milieu de tout ça, jouant des fois du piano dans une forme vraiment classique, d’autres fois de la sanza, de la flûte pygmée et chantant. C’était une belle expérience avec deux musiciens énormes et d’une humilité sans bornes.

Lire la suite…

John Williams c’est ce monsieur là et pas le compositeur de Star Wars comme croit beaucoup de journalistes… Il interprète sur cette vidéo le « tube » d’Albeniz: « Asturias » écrit à la base pour piano et transcrit par Tarrega entre autres.

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