La Martingale algérienne: La conscience de Soi, c’est quoi ça?

Les questions soulevées hier par le documentaire Algériens du monde de Halfaoui quant à l’Algérianité m’ont rappelé un livre que j’ai récemment lu. Il s’agit d’un essai intitulé La martingale algérienne écrit par Abderrahmane Hadj-Nacer (Barzakh, septembre 2011). L’auteur qui n’est autre que l’ex-gouverneur de la Banque centrale dissèque la situation de crise que vit l’Algérie sur les plans économique, politique et culturel. Les trois étant intimement reliés selon Hadj-Nacer.

L’auteur propose un concept fort intéressant à propos de la question de l’identité : la conscience de soi. Ce concept est discuté (promu?) dès le premier chapitre. L’auteur explique :

Pour être dans l’universalité, il faut d’abord avoir conscience de Soi et non emprunter aux autres. Prenons l’exemple du mot « démocratie » : pour les uns le modèle achevé se trouverait en France, pour les autres c’est la « choura ». Les deux se contorsionnent en ignorant l’histoire des idées politiques de notre pays. Pour ce qui nous concerne nous Algériens, à l’époque où s’exerçait la démocratie athénienne, au moment où s’expérimentait la démocratie à la romaine, en Tamezgha, le pays des Imazighen, se pratiquait ce qu’on appelle aujourd’huila Djemââ qui irradiait du plus petit village vers la cours des Aguellids…

L’auteur de la Martingale algérienne dénonce une sorte de haine de soi qu’il affirme distinguer dans plusieurs phénomènes comme la destruction dela Casbah d’Alger, la dislocation de l’habitat et du mode de vie mozabites par les autorités locales, le refus de l’alphabet arabe pour transcrire la langue Amazigh… Hadj-Nacer compare ce refus à l’abandon par la Turquie de ce même alphabet arabe qui a conduit à une méconnaissance des archives ottomanes par les historiens turcs d’aujourd’hui. Plus loin l’auteur compare la démarche turque qui a consisté à faire table rase du passé (Atatürk) pour imiter le modèle républicain français à la démarche japonaise qui a consisté en un apprentissage des techniques issues de l’Occident accompagné d’un renforcement des traditions et du mode de vie japonaises.

Cette idée de Conscience de soi reste bien entendu discutable et problématique : Que faut-il conserver du passé ? Tout héritage est-il bon à perpétuer ? Toutes les pratiques que nous importons ont-elles forcément un équivalent dans notre culture propre ? Il est manifeste que tous les problèmes qui se posent aujourd’hui n’ont pas une réponse dans le passé. Cela dit l’invitation de l’auteur à porter un regard critique vers notre passé afin de se l’approprier collectivement est assurément salutaire. L’auteur de la Martingale algérienne s’amuse par exemple de voir la robe kabyle (inventée par les sœurs blanches pour remplacer la traditionnelle toge trop impudique à leur goût) élevée au rang de symbole identitaire. Hadj Nacer enfonce le clou en critiquant l’appellation de « kabyle » et de « berbère », la première étant un générique arabe (qabila) signifiant simplement tribu, le deuxième un héritage de l’Empire romain qui désignait tous les non-citoyens comme barbares/berbères. Il propose les appellations de Sanhadja et de Kutama qui seraient porteuse d’une dimension proprement maghrébine.

Massinissa le berbère?

 

Un simple changement d’appellation ne réglerait évidemment pas le problème du régionalisme, cette tendance qu’a chaque région (et non uniquement la Kabylie) de se revendiquer d’une autre identité que celle, trop étriquée, que propose l’État. La négation de l’identité commune est d’abord pratiquée en haut de l’échelle avec les flagrants privilèges régionaux de chaque nouveau gouvernement. L’auteur lui-même n’est pas loin de tomber dans le piège du régionalisme quand il présente la société mozabite (dont il est partiellement issu) comme l’unique dépositaire du Saint Graal de la conscience de Soi en Algérie. Quoi qu’il en soit la réflexion ébauchée dans la Martingale algérienne doit être prolongée et critiquée. Il est nécessaire d’arriver à un consensus minimum sur l’épineuse question de l’identité. Cela ira mieux quand on n’aura plus à parler de racines et d’identité… Non pas parce que ces questions seront ignorées mais parce qu’elles auront des réponses évidentes.

Terminons enfin sur une citation assez amusante qui nous montre que cette négligence du passé en Algérie est loin d’être un nouveau problème :

… au XVIème siècle, déjà, un captif espagnol, Diego de Haëdo, observait que les Algériens « ont songé à tout sauf à écrire leur histoire ». De la même manière, Ibn Khaldoun lors d’une traversée du pays raconte que, croisant des bédouins sur les Hauts Plateaux du Maghreb Central par temps froid, constata que les hommes se chauffaient en brûlant du bois sculpté qui provenait des ruines d’un palais proche.

Ma journée à l’Under 30 Algeria!

Citoyens citoyennes le blog est de nouveau ouvert! Suite aux injonctions répétées de Yasmine-I’ll-kick-your-ass décision fut prise de relancer l’activité de Moh Kafka.

Et pour commencer je vais vous raconter ma journée à Hydra, un quartier où je ne me rends habituellement qu’en cas d’extrême nécessité professionnelle ou administrative. Nulle nécessité pour cette fois  mais une grande curiosité pour un événement nommé Under 30 Algeria. Une rencontre entre jeunes de moins de 30 ans dans le but d’échanger autour d’expériences et initiatives dans divers domaines…

Bien qu’étant invité j’y suis allé avec une légère appréhension, celle de tomber sur une énième rencontre mondaine entre jeunes frimeurs des beaux quartiers avec plus de chevaux dans leurs voitures que d’idées dans leurs têtes. Mais le doute fut vite levé ; à l’Under 30 il y a beaucoup d’idées, des initiatives à revendre, du savoir faire à volonté, une grande ambition… et très peu de voitures !

A l’Under 30 il y avait  Ilies Halfaoui qui nous a présenté son documentaire Algériens du monde : 5 parcours, une  dynamique qui retrace 5 success story d’Algériens à l’étranger. Une réalisation très intéressante qui pose entre autres les questions de « c’est quoi être Algérien ? », « c’est quoi réussir ?  » Et la question subsidiaire « Pourquoi les Algériens réussissent-ils plutôt à l’étranger qu’en Algérie ? » (wa essou’alou matrou7). Le documentaire  ne devrait pas tarder à trouver des partenaires pour diffusion TV puis sera visible sur le web. Vous pouvez déjà vous en faire une idée sur la page https://www.facebook.com/algeriensdumonde.

 

Il y avait également Majda Nafissa Rahal qui a fondé avec sa petite équipe le site de e learning Edudz.net. Un site qui propose des sujets d’examen ainsi que de l’aide en ligne pour les lycéens algériens et qui compte pas moins de 6000 inscrits. Pendant que les cigales des ministères nous chantent les joies du e-learning avec rien ou presque comme réalisation concrète, Majda et sa bande (5 bénévoles) font un patient travail de fourmi pour collecter les contenus et les numériser. Bientôt ils mettront même en ligne les cours vidéo (traduits) de la célèbre Khan Academy, le site référence en matière de e-learning qui a débuté sous forme de vidéos Youtube postées par Salmane Khan à l’usage de ses cousins… Et pourquoi pas une Edudz Academy pour demain ?

Yasmine Bouchène, représentante de cette espèce rare (en Algérie) que sont les Community Manager a plaidé la cause du web 2.0. Les community manager sont les gens qui animent les pages Facebook, qui répondent à vos commentaires et vous bannissent si vous ne vous tenez pas bien. Oui c’est un métier et oui ça permet de vivre. La preuve Yasmine Bouchène est vivante (bien que non dénuée de pensées suicidaires). Plus sérieusement le community management est réellement un métier d’avenir car il permet de façonner l’image d’une marque sur le web (e-réputation). Si votre page Facebook est cool les jeunes achètent vos produits ou obligent leurs parents à les acheter. C’est donc loin d’être un investissement de luxe. Ah oui Yasmine est aussi l’autocrate la rédactrice en chef et néanmoins directrice de Jam-mag, LE blog de la geek culture. Et qui est le meilleur blog du monde en Algérie!

Il y avait aussi Nesrine Merzougui qui active au sein de la dynamique équipe qui prépare le TedxYouth@Casbah. Une version algérienne du TED ou une série de conférences permettant de mettre en avant des idées qui méritent de l’être et cela dans tous les domaines : Technology Entertainement Design, d’où les initiales. Deuxième édition du genre après une première en avril dernier qui s’était tenu à l’Ecole Nationale d’Informatique. La prochaine édition du TedxYouth@Casbah se tiendra comme son nom l’indique au marché de Zoudj Ayoun… Non je rigole elle se tiendra le 19 novembre à l’auditorium de la radio et vous êtes cordialement invités. Plus d’infos sur la page du TedxYouth@Casbah

Voilà quelques exemples de l’intérêt d’organiser un Under 30 ou tout type d’évènement qui permette de créer le lien entre des jeunes dotés d’initiatives ou de savoir faire. Seul hic, on était tous dans le domaine du web ou domaines apparentés. Est-ce le seul domaine où un jeune algérien peut innover ?

Si vous n’êtes pas d’accord bah… Faites-le savoir! Une seconde édition de l’Under 30 est prévue. Alors si vous avez moins de 30 ans et que vous avez des idées nouvelles dans n’importe quel domaine (culture, finance, sport, pêche à la ligne, vol à la tire… tout ce que vous voulez) n’hésitez pas à contacter les organisateurs sur la page Under30.

Nabil Président!

Voici quelques planches d’une mini bd que nous avions préparée avec un ami dessinateur.  Ca date de 2009 et c’est juste pour rire.
PS: Pour agrandir les images il suffit de cliquer dessus.

Nabil Président 2

Nabil Président 3

Un blog américain parle de notre duo

J’ai découvert avec surprise notre interprétation (moi et mon frère) d’une musique de Piazzolla intitulée Café 1930 (tirée de la suite “Histoire du Tango”) sur un blog américain spécialisé dans la musique de Piazzolla. Et l’article m’a franchement fait plaisir.

Il commence ainsi: “Existe-t-il un chemin d’Alger au Carnegie Hall? Si ce n’est pas le cas, il devrait et ces deux jeunes musiciens devraient y être… Ils proposent une version très classique de Café 1930 de la suite Histoire du Tango”

Plus loin: “La vidéo est assez simple mais la balance sonore est bonne. La vraie raison de ce choix est la grande musicalité de l’interprétation. Les deux jouent comme un seul musicien – La synchronisation est parfaite. Le vibrato de la flûte est parfait, il met en avant l’émotion de cette musique sans entraver la mélodie. La partie guitare est très bien jouée -excellente technique (remarquez les glissando)- chaque note a la durée qui lui appartient. Ces jeunes gens prennent merveilleusement leur temps et laissent la musique s’exprimer, on se croirait un matin de 1930 dans café de San Telmo.”

Vers la fin l’auteur compare les Frères Bouchakour (moi et mon frère flûtiste) aux Frères Assad. Bon là il va trop loin même si ça me fait plaisir! Mais le tout est vraiment encourageant.

Voici l’article en question: Café 1930 – Bouchakour Brothers

Et voici l’interprétation de Café 1930 par les Bouchakour Brothers (gardons ce nom ça fait américain:)


Mwashah, Lamma bada yatathana

Voici un Mwashah intitulé “Lamma bada Yatathanna” que j’ai arrangé pour guitare et flûte. Une petite tentative d’emprunt au grand répertoire arabo-andalou.

Le Mwashah (موشح) est une forme poétique typique d’Al Andalus (Andalousie Arabe), adaptés en musique ces textes au rythme enlevé sont très appréciés en Egypte et au Moyen-Orient. Le Mwashah que j’ai  choisi se joue sur un rythme à 10 temps appelé Samai Thaqil (سماعي ثقيل). Je tente de le mettre en avant par des percussions à la guitare.

Voici le texte du poème chanté sur cet air:

En Arabe:

لما بدا يتثنى قضى الصبا و الدلال حبي جمال فتنا أفديه هل من وصال
أومى بلحظ أسرنا بالروض بين التلال غصن سبا حينما غنى هواه و مال
وعدي و يا حيرتي …. ما لي رحيم شكوتي بالحب من لوعتي إلا مليك الجمال

Voici la traduction (Merci à H la sorcière… Elle se reconnaitra)

لما بدا يتثنى
Quand elle apparut avec sa démarche si fière

حبي جمالو فتنى
Mon amour m’a a séduit par sa beauté

أوما بلحظـه أسـرنا
Ah comme son regard m’a asservi!

غصن ثنى حين مال
C’est un rameau qui captive quand elle se penche

وعدي ويا حيرتــي
Ah dans quel trouble elle m’a mis!

مالي رحيم شـكوتي
Nul ne peut  compatir à ma plainte

في الحب من لوعتـي
à cause de la douleur que me cause cet amour?

إلا مليك الجمــال
Que la reine de la Beauté!

Comment lire dans les pensées grâce à Google?

Comment lire dans les pensées grâce à Google Suggest?

Vous voulez savoir ce que pense la grande majorité des internautes. C’est très simple. Google nous offre un moyen artisanal grâce à ses suggestions. Les suggestions c’est quoi? Eh bien quand vous commencez à taper un mot dans la barre de recherche Google vous propose la suite: c’est ça Google Suggest (comme quoi certaines choses sont simples dans la vie).

Pour savoir ce que cherche la majorité des internautes tapez le sujet qui vous intéresse et google vous donne la suite en se basant sur les recherches des autres. Quelques exemples intéressants s’offrent à nous. Comme les “Pourquoi ” et les “Comment “… Vous tapez ces débuts de question, vous tapez espace et google vous dévoile le fond de la pensée de ses utilisateurs (c’est à dire tous les internautes ou presque).

Vous avez les personnages connus aussi “Sarkozy “, “Bouteflika “, “Michael Jackson “…

Et puis le must ce sont les: “ma copine “; “ma femme “; “mon copain “; mon mari “… Vous saurez tout tout tout. Allez amusez-vous bien.

Vous pouvez également savoir ce que veulent voir les internautes. Pour cela, allez sur Google image et tapez “voir “. C’est pas joli joli je vous préviens…

Toutes ces informations vous pouvez les obtenir gratuitement comme simple internaute basique. Imaginez ce que vous pouvez avoir si vous vous appelez: le Gouvernement américain ou Coca Cola. La devise de Google c’est “Don’t Be Evil” (ne faites pas le mal)… Ca vous rassure vous?

google suggest: mon mari

google-suggest: mon mari

Musette en ré majeur: Bach, ce rigolo!

Musette en ré majeur du cahier d’Anna Magdalena Bach, par J.S. Bach

Voici une musique que je trouve assez humoristique, assez drôle. Jean Sébastien Bach est plutôt connu comme un compositeur sérieux et sévère, la petite Musette en ré majeur est une délicieuse exception à la règle. Cette pièce est extraite du fameux cahier d’Anna Magdalena Bach. C’est la seconde femme de Bach.

C’était le cahier de musique de la famille Bach. Jean Sébastien a inscrit sur la couverture le nom d’Anna Magdalena en lettres d’or. Et les compositions qui s’y trouvent valent bien plus que de l’or. Son épouse les jouaient pour travailler son piano. Et elles font partie aujourd’hui encore du répertoire de tous les pianistes qui débutent.

J.S. Bach rigole

J.S. Bach Musette

Il s’agit ici d’une musette, une danse ancienne d’origine française. La Musette est pastorale, assez rustique et plutôt rapide. Voici la Musette en ré majeur de Jean Sébastien Bach. Arrangée pour guitare par Alexandro Lagoya…

Interprétée par moi-même :)

J.S. Bach: Musette en ré majeur

Bach, deux femme et 20 enfants

Jean Sébastien Bach a eu beaucoup d’enfants qui furent aussi de talentueux compositeurs (Carl Philipp Emanuel est l’un des plus illustres). Mais combien d’enfants exactement? Vous le savez?

20!

Les 7 premiers sont de Maria Barbara Bach qui était aussi sa cousine. Il a ensuite épousé Anna Magdalena Wilcke. Jean Sebastien Bach a eu en tout 20 enfants dont 10 seulement ont survécu (eh oui les temps étaient durs). Bahc a eu des enfants à l’âge de: 23, 25, 27, 28, 29, 30, 33, 38, 39, 40, 41, 42, 43, 45, 46, 47, 48, 50, 52 et 57.

Comment le web tue le livre! (1)

Comment le web tue le livre! (1)

Je poursuis mon germe de réflexion autour du web et du livre. Pour résumer, l’idée est que l’Internet menace le livre non pas parce qu’il nous éloigne de la lecture mais bien au contraire parce qu’il est nettement axé autour de celle-ci. Internet remplacera le livre comme il est en train de remplacer le disque. On continuera à lire autant, voire plus, mais autre chose et autrement… Oui je fais un peu œuvre de voyance mais ce n’est que le prolongement d’une réflexion. Correcte ou erronée, l’avenir nous le dira.

La génération Internet est la génération du texte

Oui Internet c’est principalement du texte. Je donnais déjà l’exemple de google qui se base exclusivement su du texte (apparent ou caché) pour référencer toutes les pages du web. C’est dire si la nature de ce média est principalement textuelle.

Google Books

Google Books

On pourrait avancer le succès de Twitter (que du texte), le succès de Facebook (principalement du texte), le succès des publicités en texte pur (les Adsense de Google). Oui mais Youtube ? Me direz-vous. Je vous le concède, c’est de l’image mais comment effectuez-vous vos recherches et comment interagissez-vous sur Youtube? Avec du texte.

L’idée que notre génération est celle de l’image est un peu facile. C’était vrai avec la télévision. Ca l’est de moins en moins avec Internet. Autant la télévision ne menaçait pas le livre car elle jouait sur un autre terrain, autant Internet est en concurrence avec le livre et en concurrence inégale. Pourquoi inégale ? Parce que l’offre sur le web est infiniment plus riche, personnalisé et moins coûteuse.

A suivre…

Interview: Hassan Tabar, les secrets de la musique iranienne

On continue avec les musiques de l’Axe du Mal (selon la définition des USA). Après la musique extrêmement riche de l’Afghanistan présenté par Khaled Arman (lire interview) nous passons à l’Iran. La musique iranienne et ses racines millénaires. Et c’est le très bon joueur de Santour Hassan Tabar qui nous introduit dans le monde passionnant de cette musique.

Entretien: Hassan Tabar, Les secrets de la musique iranienne

Hassan Tabar

Hassan Tabar

On dit souvent que la Musique iranienne est à la fois très codifiée et ouverte à l’improvisation. Comment voyez-vous cela en tant que musicologue et en tant que musicien?

D’abord il faut que vous sachiez qu’il y a une grande interaction entre la musique traditionnelle classique d’Iran et les autres genres de musiques (folkloriques, régionales, populaires…). La musique “officielle” de l’Iran peut se qualifier par différentes expressions: traditionnelle (musiqi-é sonnati), classique, savante ou encore, musique d’art.

Cette musique comporte entre 250 et 500 modèles mélodiques qui ont été collectés au cours de l’histoire et au fur et à mesure des recherches. Ces séquences mélodiques (gushé-s) constituent notre répertoire et la classification de ces modèles se désigne par le terme Radif. Chaque musicien doit apprendre et mémoriser ces séquences d’après le Radif d’un maître, soit pour l’enseignement, soit pour l’interprétation personnelle ou publique. Le Radif est un ensemble très rigoureux et codifié.

Ensemble Tarab d'Iran à Alger

La notion d’improvisation vient d’occident et, comme la plupart des notions musicologiques, elle est mal adaptée à notre musique; l’utilisation de ce terme me pose problème. La Musique iranienne a toujours été une musique de composition et même dans les traités anciens du 10ème siècle on ne parle que de composition: quand j’étudiais les disques 78 tours et les enregistrements des grands maîtres anciens de la Musique persane, je n’ai pas rencontré cette notion d’improvisation. En Iran cette notion pourrait se rapprocher du “bédâhé” ou “badihéh” dans la poésie persane qui correspond à la déclamation ou à la création d’un poème sans préparation, de manière instantanée et spontanée, à partir d’un autre poème ou d’un rythme connu. Effectivement, on ne parle d’improvisation dans les ouvrages qu’à partir du XXème siècle.

Le musicien, dans ses interprétation, doit présenter une suite de modèles mélodiques, à sa manière de jouer et selon sa formation ou son école: cela veut dire qu’il peut présenter d’autres mélodies selon la valeur de son jeu et son inspiration dans l’exposition du répertoire (“radif”). L’improvisation réside donc dans sa manière de jouer et la présentation des “gushé-s”. Pour moi, l’improvisation c’est s’adapter aux auditeurs et aux circonstances pour partager des sentiments, par exemple, savoir quel “dastqâh” (mode) choisir, combien de “gushé-s” présenter et dans quel ordre.

Santour, tar, tombak… Les instruments de la Musique iranienne sont assez peu connus du public algérien. Vous êtes un virtuose reconnu du santour. Pouvez-vous nous présenter cet instrument, et les autres instruments typiques de l’Iran?

Santour

Santour

La Santour est un instrument dont la caisse a la forme d’un trapèze isocèle, fabriqué en général en bois de noyer et qui comporte 72 cordes métalliques reposant 4 par 4 sur 18 chevalets. Les cordes sont fixées directement sur la caisse de résonnance à droite, et viennent s’enrouler chacune sur une cheville à gauche. Les quatre cordes qui passent par le même chevalet sont accordées à l’unisson. Le santour se joue avec deux baguettes en bois de noyer.

Târ

Târ

Le « Târ » est un instrument à cordes pincées avec un long manche de 25 frettes en boyau nouées et amovibles ; le manche est solidaire d’une caisse en forme de double cœur recouverte d’une fine peau de fœtus d’agneau, ce qui donne au Târ un timbre très particulier. Cet instrument se joue avec un petit plectre en métal (laiton ou bronze) et possède six cordes (réparties en 3 chœurs)

Kamântcheh

Kamântcheh

Le « Kamântcheh » est une vièle à 4 cordes qui se pique devant soi ; la caisse de résonnance, qui peut être fermée ou ouverte, est recouverte d’une fine peau animale. La tension des crins de l’archet est contrôlée à volonté par le musicien.

Le chant aussi possède une grande importance dans la Musique iranienne…

Certainement, on peut même dire que notre répertoire (« radif ») est basé sur le chant. D’ailleurs, quand on apprend le radif on mémorise les mélodies en les chantant de même que les poèmes qui accompagnent les mélodies.

La Musique iranienne est ancestrale, probablement l’une des plus anciennes au monde, mais cela ne l’empêche pas de connaitre des transformations avec le temps. Vous êtes d’ailleurs l’auteur d’un livre à ce sujet (Les transformations de la Musique iranienne au début du XXème siècle)…

Permettez-moi de vous informer que je donnerai une conférence à Alger, au cours de laquelle j’aborderai largement cette question. Toutes les musiques du monde ont subi et subiront encore des changements mais ces changements sont très lents et progressifs (un musicien peut s’en rendre compte difficilement au cours de sa carrière). Pour la musique d’Iran, malgré ces changements on constate quand même une continuité. Dans mon livre (que vous avez évoqué), j’essaie d’analyser comment l’influence de l’occident et de ses techniques nouvelles a pu changer les références de tous les iraniens, et surtout celles des intellectuels et des artistes, et comment ces nouvelles références vont imposer la transformation de la musique iranienne.

Beaucoup de musiques savantes issues de traditions orales rencontrent des difficultés au niveau de la transmission (dilemme de la notation musicale, pédagogie traditionnelle…). Comment cela se passe-t-il pour la Musique iranienne ?

Concernant l’apprentissage et l’enseignement de la musique en Iran, nous pouvons constater l’existence de deux courants importants qui perdurent encore : un courant officiel enseigné par des professeurs dans les institutions attachées au gouvernement, la plupart du temps imité de l’occident, et un autre qui suit la tradition orale de maître à disciple.

L’enseignement traditionnel de la musique pour tous les instruments est oral, ou selon l’expression d’usage « de bouche à oreille ». A partir des premières notations pour le santour (1946) l’enseignement du jeu de santour a commencé progressivement à se transformer sans jamais faire disparaître complètement l’enseignement traditionnel. Malheureusement, la nouvelle génération de « santouristes » préfère la composition à la pratique du « radif » et, pour eux, l’obtention d’un diplôme est primordiale.

Vous êtes venu une première fois au Festival de Musique Andalouse et des Musiques anciennes d’Alger en 2007. Quel souvenir en gardez-vous ?

J’ai été très bien accueilli en Algérie et je suis très heureux de nouer petit à petit des relations privilégiées avec ce pays et ses amateurs de musique. Le public algérien semble apprécier grandement la musique de l’Iran et ceci s’explique facilement puisque la musique andalouse possède les mêmes racines que la musique iranienne : vous savez comme moi que le musicien iranien Zeriâb qui fût le maître du célèbre luthiste kurde Ebrahim-El-Mowsili, s’est réfugié en Andalousie au 2ème siècle de l’Hégire sous la protection du roi AbderRahman.

Cette année vous nous revenez avec l’ensemble Tarab d’Iran que vous avez réuni spécialement pour le Festival. Comment s’est constitué cet ensemble ? Les musiciens se connaissaient-ils avant ?

Les quatre musiciens qui résident en Iran se connaissent très bien. Pour ma part je connais plus particulièrement la famille Seyfizâdeh depuis de nombreuses années. Le festival d’Alger est effectivement pour nous une occasion de nous rencontrer et de pratiquer librement le style de musique que nous aimons.

La moyenne d’âge des musiciens est de 22 ans et tous vivent et ont été formés en Iran. Ce sont des aspects importants pour vous ?

Assurément, l’Iran regorge actuellement d’excellents musiciens. On pourrait penser que la relève est assurée mais cela n’est pas sans inquiétude car beaucoup de jeunes actuellement ne sont que d’excellents techniciens. Ceux qui m’accompagnent en Algérie ont bien d’autres qualités grâce à leur solide formation et leur personnalité.

Magie du web: je suis un blogueur marocain sur un site tunisien

Récemment j’ai découvert avec plaisir un article sur le site tunisien Tekiano.com qui parlait de l’initiative “Mon été avec un livre” à laquelle j’avais pris part.

L’article m’attribue généreusement cette initiative et en plus j’y suis un blogueur marocain. Voici le passage en question:

On relèvera du reste que l’origine de l’initiative n’est pas tunisienne. Ce sont des blogueurs marocains (à l’exemple de Moh Kafka) qui sont surtout à l’origine de ce post qui a pour principale vocation de « susciter (ou ressusciter) l’intérêt pour la lecture» comme ils le prétendent et de partager ses lecture favorites avec l’ensemble de la blogosphère du Maghreb (le post circule également en Algérie).

Un algérien est marocain sur un blog tunisien. Le web aura donc réussi là où la politique a échoué,  réunir ces trois pays du Maghreb!

Ce n’est pas pour stigmatiser le site, ce sont des choses qui arrivent. La rédaction web subit la dictature de la vitesse et souvent des détails échappent au rédacteur. Moi-même j’ai pêché par précipitation (je le confesse). Dernièrement je vous présentais Nadorculture comme un site qui propose un contenu original et je m’extasiais devant la qualité des articles (lire article). Mais en jetant un deuxième coup d’œil je me suis aperçu que tous les articles étaient repris de publications parues dans les journaux… Bonjour le contenu original !

Après le plagiat, la précipitation est le deuxième péché de la rédaction web. Bon je dis rédaction web, mais je pourrais en dire autant de la rédaction en général et du journalisme d’aujourd’hui. Et puis pour revenir à l’article du site Tekiano (un très bon site d’ailleurs avec du vrai contenu original) : l’auteur s’étonne que l’internet permette de remettre la lecture au goût du jour. Pour moi ce n’est pas étonnant du tout.

Quoi qu’on en dise le net c’est d’abord du texte. Si vous prenez le plus gros site de la toile, c’est-à-dire google, à l’aide de quel moyen lance-t-il des recherches sur tout le web? Avec du texte et du texte seulement. Même les images, les vidéos et les sons, il ne les trouve que grâce au texte qui les décrit.

La génération internet n’est pas une génération de l’image, c’est une génération du texte.

Je développerai prochainement.

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